Chronique

Laurane Wattecamps

Pourquoi les sextoys n’ont jamais été si populaires (chronique)

Tout le monde y pense, (quasi) personne n’en parle: la sexualité reste souvent cantonnée à la sphère intime et est rarement analysée comme un phénomène de société. Pourtant, sous la couette, les couples sont confrontés aux mêmes problèmes, stéréotypes, attentes. Comme en matière de sextoys.

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Ils vibrent, glissent, tournent ou combinent toutes ces fonctions à la fois. Plus nécessairement phalliques, désormais inclusifs, délicatement colorés, voire biodégradables, les sextoys ont encore agrandi leur champ des possibles pour toujours plus de plaisir. Définitivement révolue, la lointaine époque où ils étaient utilisés dans un but «médical», en guise de traitement de «l’hystérie» dont la Faculté accusait certaines femmes. Depuis plusieurs années, ces objets du désir se vendent comme des petits pains. Le célèbre Womanizer comptabilise à lui seul quatre millions d’exemplaires écoulés depuis sa sortie en 2014. Pourtant, aucune épidémie d’hystérie ne s’est abattue sur le monde…

Qu’importe leur forme et leur définition, les sextoys appellent à d’autres gestes, invitent à explorer d’autres façons de faire.

Avec le Covid, par contre, l’engouement pour ces jouets sexuels s’est décuplé. A tel point que 2020 fut carrément qualifiée d’«année historique» à la suite d’une enquête Ifop réalisée pour le compte de la chaîne de boutiques Passage du Désir: «La proportion de la population ayant déjà utilisé un sextoy a dépassé pour la première fois le seuil symbolique des 50%: 51% précisément, soit un niveau record par rapport aux mesures des années précédentes.» Les longs moments d’ennui à la maison et les couvre-feux ne sont pas étrangers à cette belle performance.

Découverte de la jouissance, orgasmes facilités, clés pour explorer de nouveaux terrains de jeux à deux: il faut dire que les arguments de vente ont de quoi convaincre. Car contrairement à ce qu’on pourrait croire, ces joujoux-là n’ont pas seulement la cote en matière de plaisir solitaire: 45% des répondants affirment les utiliser en duo pour seulement 29% les réservant à la masturbation.

Pas de doute, la perception et l’utilisation des sextoys dans l’intimité du couple a fait un bond en avant. Il y a cinq ans à peine, une enquête menée par le magazine américain Bustle relevait que 18,66% des femmes de la génération Y (nées entre le début des années 1980 et la fin des années 1990) hésitaient à faire entrer des jouets sexuels dans la chambre à coucher, redoutant de blesser l’ego de leur partenaire. La raison? Face aux sensations décuplées que les objets peuvent prodiguer, l’amant pourrait craindre de ne pas être à la hauteur. Le risque: une baisse de l’estime de soi et une remise en cause de ses capacités à procurer du plaisir. Bref, une peur de devenir un personnage secondaire d’une relation où l’accessoire tiendrait le rôle principal.

Ce serait oublier que les sextoys restent… précisément des accessoires, qui peuvent aider à sortir des scénarios érotiques habituels. En témoignent les mille participants à une étude We-Vibe, dont la majorité déclare communiquer davantage depuis qu’ils en ont acheté. Un couple sur trois qui les utilise n’éprouve aucune difficulté à donner des instructions à son partenaire et confirme les percevoir comme une opportunité de pimenter la vie sexuelle. Et 69% des personnes interrogées par l’Ifop ayant déjà eu recours aux sextoys en duo affirment avoir boosté leur plaisir.

Quant aux moins téméraires, qu’ils ne se laissent pas refroidir par l’image qu’ils pourraient spontanément se faire de ces objets de désir: cela peut tout simplement être un lubrifiant ou un bandeau pour les yeux, ce qui offre une marge d’exploration de l’intimité plus étendue et certainement plus rassurante. Qu’importe leur forme et leur définition, ils appellent à d’autres gestes, invitent à explorer d’autres façons de faire. Une occasion de plus de partager son ressenti et de décupler la jouissance, mais pas au détriment de la complicité. Que du contraire.

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