Chronique

Mélanie Geelkens

La sacrée paire de Mélanie Geelkens: pourquoi les tueurs de masse sont toujours des hommes (chronique)

Mélanie Geelkens Journaliste, responsable éditoriale du Vif.be

Sur 129 tueries de masse aux Etats-Unis depuis 1982, 124 sont le fait d’hommes. Une question de « masculinité troublée », entre autres.

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«Il y a une porte entre nos classes. Il est passé par là. Il a tiré sur ma professeure et il lui a dit “bonne nuit”. Il lui a tiré dans la tête. […] J’avais peur qu’il revienne, alors je me suis couverte de sang et j’ai fait la morte.» Miah Cerillo, 11 ans, a ensuite pris le téléphone portable de son enseignante pour appeler le 911. Lorsque les secours sont arrivés dans le lycée d’Uvalde, vers 11 h 30, le 24 mai dernier, ils ont découvert 17 blessés et 22 cadavres. Dont celui de l’auteur. Salvador Ramos, 18 ans.

Un jeune gars. Encore. Toujours. Certains ont tenu les comptes: en quarante ans, de 1982 à 2022, les Etats-Unis ont vécu 129 tueries de masse ; 124 des assaillants étaient des hommes, pour seulement trois femmes et deux couples. Un hasard statistique? D’autres ont alors analysé le phénomène. Bien sûr, les armes à feu. Assurément, le phénomène d’imitation. Effectivement, les jeux vidéo. Probablement, un désir de gloire macabre. Sans doute, des marginaux, des solitaires, des suicidaires. «Une vengeance contre la société qui les a rejetés».

Mais, dans nos sociétés, le mal-être se conjugue plus souvent au féminin. Tous les chiffres en matière de burnout, de dépression, de tentatives de suicide le soulignent ; sauf que les hommes se ratent moins souvent que ces dames. Justement: parce que la violence fait partie intégrante de l’éducation des garçons, dès le plus jeune âge. Merci les stéréotypes de genre. Deux frères qui se battent? Bah oui, normal, «ils doivent se défouler». Etrangement, les sœurs se frappent rarement, du moins pas sans être sévèrement réprimandées.

«Tu seras un homme violent, mon fils», crient les dessins animés, les mangas, les jeux vidéo, puis le porno. Quelle formidable efficacité, vu la dominante masculine en matière de criminalité! Mais ceux qui tirent à vue dans les écoles ou dans les rues ne sont pas seulement des criminels. Ils souffriraient aussi d’une «masculinité troublée», selon les sociologues américains Rachel Kalish et Michael Kimmel. Souvent humiliés par leurs pairs, ces jeunes «concevaient le passage à l’acte comme un droit à se venger d’un groupe […] et comme la seule façon de se réapproprier leur identité masculine», écrivaient-ils dans une étude, en 2010. Combattre la violence par plus de violence…

© getty images

Trois ans plus tard, Michael Kimmel développait le concept des «angry white men», soit ce sentiment – qui serait commun à certains auteurs des massacres par arme à feu – d’être dépossédé d’ancestraux privilèges (comprendre: de leur domination). En 2016, une recherche américaine avait par ailleurs observé une importante corrélation entre tueries de masse et violences conjugales. Entre 2009 et 2016, dans 54% de ces carnages collectifs, l’(ex-)partenaire faisait partie des victimes.

Il faudrait «comprendre les tueries de masse sous un œil féministe pour mieux les prévenir», affirmait une analyse canadienne en 2021. Mais les violences faites aux femmes, c’est comme la circulation des armes à feu aux Etats-Unis: tout le monde sait qu’il faudrait y mettre fin, mais personne n’a le courage de s’y atteler vraiment. Alors il y aura d’autres Uvalde, d’autres Salvador Ramos, d’autres Miah Cerillo et d’autres «bonne nuit».

@unesacreepaire

Un MeToo avant l’heure

En 1953, dans un Hollywood en pleine explosion, une femme a eu le cran de raconter les abus dont elle avait été victime: Marilyn Monroe. A plusieurs reprises, elle a décrit les différents «loups» qu’elle avait croisés, sans citer leur nom. Elle a été la première star à dénoncer ce qu’on appelle désormais le harcèlement sexuel. Déjà, elle insistait sur le fait qu’il ne s’agissait pas de cas isolés, mais bien d’une violence structurelle et normalisée.

44%

des candidats aux élections législatives françaises étaient des femmes. Les partis de la Nupes (Nouvelle union populaire écologique et sociale) et de l’UDI (centre-droit) sont les meilleurs élèves avec 51% de candidates. Les Républicains n’en comptent que 36%. Une non-parité qui, selon la loi, devrait donner suite à une sanction financière.

Marches machistes

Chez les marcheurs de l’Entre-Sambre-et-Meuse, les femmes ont toujours été reléguées à des rôles subalternes, comme celui de cantinière, chargée de sustenter les marcheurs en alcool. Çà et là, de petites évolutions ont lieu, mais difficile de faire évoluer les mentalités. A la marche Saint-Roch de Thuin, une société exclusivement féminine existe: les Sœurs grises. Mais alors que marcheurs et cantinières y reçoivent une médaille pour célébrer leur ancienneté à chaque fin de marche, les années de marcheuse des Sœurs grises, elles, ne donnent droit à aucune médaille.

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