Opinion

Carte blanche

Casque à vélo pour les enfants à Bruxelles: « Pourquoi s’opposer à cette mesure ? » (carte blanche)

Faut-il imposer le casque en vélo pour les enfants de moins de 14 ans? Les députés Défi Joëlle Maison et Marc Lowenstein ont fait cette proposition… et se sont ramassés une volée de bois verts sur les réseaux sociaux. Mais ils persistent et signent: ce serait une mesure nécessaire.

Pistes cyclables accompagnées de suppression de bandes de circulation, fermeture du Bois de la Cambre à la circulation, Ville 30, trottinettes garées n’importe où… Les interrogations voire les crispations sont nombreuses autour de la mobilité en Région bruxelloise.

Récemment, la question du port obligatoire du casque pour les cyclistes de moins de quatorze ans et pour les livreurs professionnels a (re)mis le feu aux poudres sur les réseaux sociaux. Pour nous, il s’agit de mesures de protection des plus vulnérables, de santé publique, sociales, et pleines de bon sens.

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Il s’agit aussi de se poser, à nouveau, la question de la place des réseaux (a)sociaux dans le débat politique et de la vérité « made in Twitter ».

Il faut encourager la « Vivaldi » à combler un vide juridique en choisissant le port obligatoire du casque à vélo pour les enfants de moins de quatorze ans.

Prenant acte de l’engouement pour le vélo en Belgique, des améliorations à réaliser au niveau des infrastructures cyclables, de la nécessité de protéger les enfants de chutes accidentelles parfois dramatiques tout en encourageant la pratique du vélo dès leur plus jeune âge. Prenant acte, aussi, du bénéfice prouvé du port du casque pour les enfants à vélo en cas de chute… nous déposons en juin 2020 un texte sur le port obligatoire du casque à vélo pour les enfants de moins de 14 ans. Ce texte encourage le gouvernement bruxellois à agir auprès du gouvernement fédéral pour modifier le code de la route. La compétence étant fédérale, il nous paraît important d’encourager la « Vivaldi » à combler le vide juridique actuel sur une question qui concerne un public précis de cyclistes. Ce texte avait déjà provoqué une volée de bois vert sur les réseaux sociaux. Il y a quelques jours, nous revenons sur le sujet en commission de la mobilité, sans nous douter du branle-bas de combat que cela va à nouveau déclencher sur Twitter.

Des activistes veulent contrer toute initiative de port obligatoire du casque pour les jeunes enfants à vélo.

Notre texte, ce n’est un secret pour personne, ne fait pas l’unanimité au sein des partis de la majorité bruxelloise. Il pourrait même ne jamais être voté. Certains souhaitent que le port du casque reste absolument optionnel pour chaque cycliste. Ils misent sur l’effet de masse, l’immunité collective, et sur de meilleures infrastructures pour la sécurité de chaque cycliste. Pour appuyer leurs arguments, ils mentionnent notamment des études réalisées en Australie et en Nouvelle-Zélande. Ces études indiquent que le port obligatoire du casque pour tous les cyclistes en ville a fait chuter dramatiquement leur nombre. Sauf que ces études ont été parfois questionnées par d’autres études, selon lesquelles il n’y a pas de réponse définitive à la question de l’impact de l’obligation de porter le casque sur l’activité cycliste – a fortiori du port obligatoire pour les enfants de moins de 14 ans, serions-nous tentés d’ajouter. Il y a bien, par contre, un consensus scientifique sur l’efficacité du casque de vélo pour protéger la tête du cycliste en cas de chute. Mais l’absence de consensus scientifique et les études qui dérangent sont balayées. Aujourd’hui, des activistes voient dans le port obligatoire du casque par les cyclistes de moins de 14 ans un risque majeur pour l’avenir du vélo dans notre Région, et ils se persuadent d’une machination pro-voiture. Soulignons ici que le port du casque n’est mentionné qu’une seule fois, et de manière très périphérique, dans les 152 pages du Plan d’Action régional de Sécurité routière 2021-2030. La théorie du casque comme ennemi du vélo semble faire son chemin jusque dans les stratégies de sécurité routière. Et elle est aussi très présente sur Twitter…

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Études avancées sans préciser l’absence de consensus scientifique, accusations complotistes, disqualification par la raillerie… tous les moyens sont bons pour faire croire au complot pro-voiture pour tuer « la petite reine » en ville.

Dans le courant de 2020, nous avions déjà eu droit à une première salve de tweets . Ce 15 mars 2022, c’est un tweet publié à l’issue d’une commission Mobilité qui a remis le feu aux poudres. Des comptes repartent immédiatement à l’offensive et délivrent le cocktail habituel des détenteurs de la vérité « made in Twitter » : études citées sans préciser une absence de consensus scientifique, accusations complotistes diverses, disqualification par la raillerie, comparaisons étranges, arguments dopés… Et puis, il y a cette obstination à ne pas vouloir reconnaître notre proposition pour ce qu’elle est : protéger les cyclistes de moins de 14 ans par le port obligatoire du casque, tout en encourageant la construction d’infrastructures cyclistes dignes de ce nom. Mais rien à faire : certains veulent se persuader – et vous persuader – qu’un vaste complot est en marche pour tuer la « petite reine » en ville. Pour nous, le port du casque obligatoire (pour certains usagers) ne peut être tabou tant il est justifié. Et le comparer à la jupe en avançant qu' »imposer le casque aux cyclistes, c’est un peu comme interdire les jupes au prétexte qu’il y a des violeurs. C’est confondre victime et agresseur. » est abject. Comme si les traumatismes crâniens subis par les enfants à l’occasion de chutes à vélo avaient pour origine des automobilistes prédateurs bien déterminés à traquer de jeunes proies cyclistes !

Il faut aussi assurer la sécurité des livreurs professionnels à vélo ou à trottinette.

La décision récente du gouvernement fédéral d’interdire les trottinettes électriques aux moins de 16 ans est un premier pas pour améliorer la sécurité de la mobilité douce. En Région bruxelloise, le nombre de victimes d’accident impliquant une trottinette électrique a augmenté de 172% entre 2020 et 2021. Les témoignages de livreurs blessés dans l’exercice de leur métier ne peuvent laisser personne indifférent. Il est essentiel que la question du port obligatoire du casque pour les livreurs professionnels à vélo ou trottinette fasse également l’objet d’une attention particulière du législateur. Comment peut-on accepter que certains travaillent dans des conditions aussi peu sécurisées ? Notre confort doit-il impliquer que d’autres se mettent en danger pour nous livrer un repas ? Imposer le port du casque aux livreurs professionnels ne serait-il pas, là aussi, une mesure de santé publique et sociale pleine de bon sens ?

Que font nos voisins européens?

Dans l’Union européenne , plus de dix États ont déjà adopté une mesure visant l’obligation du port du casque à vélo pour des mineurs jusqu’à 12 ans, 15 ans, 18 ans. Ainsi, cette obligation du port du casque est effective jusqu’à 18 ans en République tchèque et en Lituanie, jusqu’à 16 ans en Espagne, Croatie et Estonie, jusqu’à 15 ans en Suède, Slovaquie et Slovénie, jusqu’à 12 ans en Autriche, en France et en Lettonie et, enfin, jusqu’à 10 ans à Malte pour les enfants transportés dans un siège à l’arrière du vélo. Allons-nous rester encore longtemps les bras croisés ?

« La vérité pure et simple est très rarement pure et jamais simple. » (Oscar Wilde)

Chaque débat autour de la mobilité entraîne des réactions parfois passionnées, mais nous refusons de subir cette étrange loi des réseaux sociaux selon laquelle, même en mobilité, il n’y a qu’une vérité pure, simple, absolue. Nous souhaitons combiner les mesures de mobilité améliorant la sécurité des usagers, comme la mise en place d’infrastructures de qualité et le port du casque obligatoire pour les enfants et les livreurs professionnels à vélo ou à trottinette… Pourquoi refuser un mélange de mesures ? Est-il si difficile de sortir des tranchées idéologiques ?

Nous sommes persuadés qu’un très grand nombre de parents, de médecins, de cyclistes, de livreurs… nous comprennent, et qu’il comprennent aussi la nécessité de faire plus pour la mobilité et la sécurité. Les clivages ne peuvent pas justifier l’immobilisme et les risques qu’il entraîne pour les usagers les plus faibles.

Marc LOEWENSTEIN & Joëlle MAISON, députés bruxellois (DéFI)

Le titre est de la rédaction. Titre original: « Cachez ce casque (cycliste) que je ne saurais voir ! »

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