Carte blanche

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Avortement: plutôt que de punir les femmes, il faut sanctionner ceux qui exercent des violences contre elles (carte blanche)

Les femmes n’ont pas besoin qu’on les autorise à avorter: ce droit, elles le prennent depuis toujours, écrit Véronique De Keyser, présidente du CAL. Par contre, les femmes ont besoin que ce droit soit « inscrit dans des textes, conventions, constitutions qui le rendront pérenne ».

Vendredi, la décision de la Cour suprême américaine annulant la jurisprudence Roe v. Wade a, une nouvelle fois, jeté une lumière crue sur la fragilité des droits des femmes. Et singulièrement sur le plus essentiel d’entre eux, le droit à l’avortement. Car depuis toujours et sous toutes les latitudes, dans tous les milieux sociaux, et quelle que soit leur croyance ou leur conviction, les femmes ont avorté.

Ce simple fait devrait nous alerter : comment ne pas reconnaître ce droit comme fondamental ?  Fondamental car il est, tant la violence d’une grossesse non désirée est une violence insupportable, une torture pour une femme, une question pour elle, de vie ou de mort.  Et beaucoup, ayant vécu ce drame, sont mortes suite à un avortement clandestin, qui a mal tourné.

Les lois sur l’IVG qui dépénalisent (encore trop partiellement) l’avortement en Belgique n’ont pas ‘donné’ aux femmes le droit d’avorter – elles l’avaient pris depuis toujours.  Mais ces lois leur ont permis d’avoir accès à la contraception et à l’avortement dans des conditions sanitaires, voire médicales sûres. Moins d’angoisse, moins de souffrance pour la femme, moins de risque surtout.

Les Eglises et le patriarcat n’ont jamais renoncé à contrôler le corps des femmes

Véronique De Keyser

Mais les Eglises, et les défenseurs d’un patriarcat pourtant dans les cordes aujourd’hui, n’ont jamais baissé la garde ni renoncé à contrôler le corps des femmes.  Le dernier communiqué des évêques de la COMECE, à propos de la réaction du Parlement européen à la décision de la Cour suprême des Etats Unis, en témoigne. Les femmes vont-elles, une fois de plus, dépendre du vote de politiques conservateurs qui auront sur elles un droit de vie ou de mort ?  Les droits des femmes sont-ils si fragiles, concédés du bout des lèvres, qu’ils peuvent fluctuer au gré des couleurs politiques d’un gouvernement ou d’un parlement ?  Et ce, même dans une des plus grandes démocraties au monde, prise en otage par un Président voyou ? Nul n’est à l’abri d’un tel revirement.

En nous unissant aujourd’hui autour des femmes américaines, mais aussi autour des Polonaises, des Maltaises et de toutes les femmes du monde qui affirment. ‘Mon cops, mon choix, mon droit’, nous entendons lutter moins pour un droit dont les femmes se sont emparé depuis longtemps, que pour son inscription dans des textes, conventions, constitutions qui le rendront pérenne.  Et qui permettront à ceux qui les violent, d’être punissables et poursuivis en justice. 

La violence n’est pas du côté des femmes.  Elle est du côté de ceux ou celles qui veulent s’opposer à ce droit fondamental à l’intégrité physique, au droit de choisir sa vie, de décider pour soi-même.  Et c’est ce renversement que les femmes cherchent à obtenir : au lieu de les condamner et de les punir pour leur choix de vie, sanctionner ceux qui exercent cette violence contre elles.

Rappelons qu’en Belgique actuellement lorsque le parti d’extrême-droite Vlaams Belang, premier parti de Belgique selon les sondages, s’appelait encore le Vlaams Blok, il redéposait presque chaque année des propositions de loi pour recriminaliser l’IVG.  Et qu’aujourd’hui encore, la loi belge prévoit des peines de prison et d’amende pour les femmes et les médecins qui seraient « hors des clous ».  

Rien n’est plus douloureux qu’une grossesse non désirée.  La Belgique, pays démocratique et Etat de droit, a su entendre les femmes, même si la loi de dépénalisation de l’IVG doit encore être améliorée.  Mais la question aujourd’hui n’est pas celle-là : il s’agit en priorité de la fragilité de ce droit humain basique – celui de l’autonomie de décision des femmes- mais qui n’a jamais été coulé dans aucun texte fondamental.

Ce paradoxe n’étonnera pas les femmes : l’histoire des conquêtes féministes depuis les Lumières n’a a été, en réalité, qu’une succession de réparations face aux ‘oublis’ dont elles ont été les victimes séculaires.

Aujourd’hui, en Belgique, des propositions émanent de différents partis politiques afin de consolider le droit à l’IVG, afin qu’il ne puisse pas être remis en question. En d’autres termes, la volonté politique suite à l’actualité américaine marque une détermination à consolider les acquis de ces combats.  Le CAL y souscrit avec force.  D’une part, parce que cela consoliderait l’Etat de droit, mais aussi et surtout parce que les femmes se sentiraient enfin entendues par le politique et reconnues comme citoyennes à part entière, face à ce vécu intime et personnel qui reste jusqu’à présent sous la loupe de la Justice et de la morale. Le pas en avant serait immense.

Véronique De Keyser, présidente du CAL (Centre d’action laïque)

Le titre est de la rédaction. Titre original: LE DROIT A L’AVORTEMENT : UN DROIT FONDAMENTAL

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