Zapatero dévalué

Le chef du gouvernement socialiste paraît désarmé face à la crise qui se prolonge. Ses difficultés pourraient précipiter l’échéance électorale.

DE NOTRE CORRESPONDANTE

Depuis quelques jours, le message s’affiche en grand sur les murs de Madrid. Le même que dans les pages des quotidiens et que sur les ondes des radios et des télévisions :  » Esto, solo lo arreglamos entre todos « , quelque chose comme  » On s’en sortira seulement si on s’y met tous « . L’idée ? Faire la nique au défaitisme. Initiative citoyenne, le slogan, volontariste, a surgi en marge des partis politiques, impulsé par des personnalités du monde des affaires et des médias, afin de créer une dynamique positive en partageant idées et projets face à la crise.

Derrière cet appel à l’action, ce sont la passivité et l’indécision du président du gouvernement, José Luis Rodriguez Zapatero, qui semblent mises en évidence.  » Alors que le reste de l’Europe s’oriente vers la reprise, l’Espagne ne voit toujours pas la sortie du tunnel : le taux de chômage frôle les 20 %, le déficit public est à plus de 11 % du PIB, la croissance continuera d’être négative en 2010 selon le FMIà et le gouvernement tergiverse !  » s’insurge le leader de l’opposition de droite, Mariano Rajoy, chef du Parti populaire (PP), qui ne cesse de grimper dans les sondages.

Zapatero passera-t-il l’année ? C’est la grande question, alors que les rumeurs d’élections anticipées sont de plus en plus insistantes. Si le semestre de présiden-ce européenne (jusqu’au 1er juillet) a assuré jusqu’ici une trêve relative au gouvernement, l’automne risque d’être chaud, au moment des préparatifs du budget 2011.

Des tours de passe-passe marketing

Depuis sa réélection en 2008, tout n’a fait que se compliquer pour le leader socialiste. Au Parlement, où il gouverne en minorité, il doit se plier à un jeu d’alliances à géométrie variable entre les formations de gauche et les partis nationalistes régionaux. Cette politique du coup par coup complique les prises de décision stratégiques, alors que les marchés financiers le somment de redresser les comptes publics s’il veut prouver que l’Espagne n’est pas la prochaine Grèce.

Envoyée en mission éclair à Londres, la ministre de l’Economie, Elena Salgado Méndez, a réussi à amadouer provisoirement les éditorialistes du Financial Times, déchaînés, le mois dernier, contre l’Espagne. Mais Zapatero est pris en tenaille. A Bruxelles, il promet rigueur budgétaire, réforme des retraites et flexibilisation du marché du travail, mais, à Madrid, il rectifie et temporise. Il sait que le virage à l’austérité et les coupes sociales risquent de lui coûter l’appui des syndicats, qui viennent de lancer leurs premières manifestations d’avertissement après avoir été son plus fidèle soutien jusqu’ici. Pour certains proches déçus, Zapatero, bloqué dans un discours mécaniquement optimiste, a perdu le contact avec la société espagnole, victime du syndrome du deuxième mandat à la Moncloa qui avait terrassé José Maria Aznar avant lui. Selon German Yanke, chroniqueur du quotidien conservateur ABC, c’est l’heure de vérité, celle de  » la décadence du zapatérisme  » et de cette façon, dit-il, de  » faire de la politique fondée sur des tours de passe-passe marketing, qui ne résistent pas à l’épreuve de la crise.  »

CÉCILE THIBAUD

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