Zap Marie, reine d’Amérique

Philippe Cornet
Philippe Cornet Journaliste musique

On pensait Marie Daulne égarée dans le labyrinthe nord-américain, mais elle revient de New York en Zap Mama apaisée pour un Ancestry in Progress jubilatoire

CD Ancestry in Progress, chez V2 Records. En concert le 9 juillet au Friday Nights Festival de Tunrhout, le 11 juillet au Cactus Festival de Bruges, et le 23 juillet au Blue Note Festival de Gand. Date à Bruxelles à l’automne.

Elle est comme ça, Marie, reine de Saba et bonne franquette, accro à ses racines d’Afro-Européenne, née là-bas au Congo et grandie en belgitude profonde. Il y a quatre ans environ, elle décide de s’installer aux Etats-Unis, vu l’accueil qu’on y réserve à A ma zone, quatrième album cajoleur des Zap Mama :  » L’album a eu beaucoup d’écho dans les milieux artistiques et créatifs, particulièrement sur la Côte Ouest, à Los Angeles. Des gens comme Wesley Snipes venaient me demander un autographe et me poser mille questions sur la musique, me mettant dans un rôle d’ african queen. Je devenais pour eux l’essence de ce que la culture africaine peut apporter dans le monde américain. L’Amérique avait envie du son Zap.  » Avec ses yepe yepe polyphoniques mélangés à des couleurs soul sous couvert de scratch ou de guitare tropicale, Marie épate la galerie US. Elle y rencontre la diva multimillionnaire du soul, Erykah Badu, qui tombe amoureuse de son africanité et l’emmène dans un triomphal périple mondial. Badu la guide aussi dans les communautés noires dés£uvrées de sa ville, Dallas, celles où le  » gun  » est souvent sur la table :  » J’étais avec mon copain blanc (NDLR : le photographe flamand Jurgen Rogiers) et les types l’insultaient : ô Cochon, dégage ! « . Je voulais comprendre cette haine. Dans le milieu des femmes particulièrement, là où Zap Mama a un écho, j’ai été impressionnée par les gens qui voulaient se battre pour une meilleure vie.  » Perçue comme une artiste exotique, soutenue par Badu, Marie voit défiler les managers américains qui s’alignent pour la signer :  » Moi, je n’avais pas du tout envie de me retrouver à l’affiche de Las Vegas, uniquement pour faire du blink blink. L’Amérique est loin d’être un paradis. Mais, en Belgique, on pense que je fais de mon ô stouf « , alors que, là-bas, on encourage ma grande gueule à aller à fond dans ses délires !  » De son QG de West New York, dans le New Jersey, Marie la transplantée rayonne et fréquente les musiciens ouverts comme Michael Franti (de Spearhead) ou les Roots de Philadelphie, collectif au hip-hop fouineur.

Pouf, tac, pouh-pouh

Finalement signée en Amérique chez Family Tree û l’agence qui s’occupe, entre autres, des superstars Outkast û, Marie se garde un agent en Belgique, pour l’Europe, et se lance dans un cinquième disque très vite piraté par les événements du 11 septembre.  » 2001, les Tours s’écroulent, pouf, tac, pouh-pouh ( sic), mon label Luaka Bop est dans le brouillard, mon distributeur Virgin également, tous les artistes se font jeter.  » Via un nouveau deal avec V2 Records, les événements reprennent finalement le dessus pour Marie qui se dit alors qu' » une fleur doit pousser en dessous des décombres « . Ancestry in Progress, résultat de cette floraison, est un album tonique et éclectique, fait d’onomatopées zapiennes et de larges incursions dans les musiques black, mais aussi arabes, latinos ou bulgares. Le rhythm’n’blues en peau de léopard ( Allright) voisine avec le tube baduesque (avec la diva Erykah) Handy Bandy, la langue française s’immisçant dans le corpus anglophone, mais laissant toujours à Marie ses idiomes vocaux de petite fée noire. Dans un enchevêtrement de morceaux finement produits û pour la plupart û par The Roots, Marie la métisse (de père blanc, tué peu après sa naissance en 1964) relit son propre parcours à la lueur de sonorités US 2004, rap et compagnie. Le procédé qui, jusqu’ici, apparaissait parfois comme un brin artificiel livre des chansons chaloupées sous le signe d’un bonheur à venir. Et quid de l’a cappella d’antan ? Peut-être un retour avec les Zap de la première génération, peut-être pas. Cela dépend de solutions légales encore à trouver, dans un procès qui, depuis sept ans, oppose Marie à son ex-label bruxellois, Crammed. En attendant, Marie, ses deux enfants et son photographe de copain sont tous de retour à Bruxelles. Mais Marie gardera un pied-à-terre à New York…

Philippe Cornet

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