Y goûter, sans déguster

Tout portefeuille diversifié compte une part d’obligations. Si vous voulez en acquérir en ce moment, privilégiez les courtes échéances et en devise européenne

Les premiers signes tangibles d’une reprise économique durable apparus en mars aux Etats-Unis contentent les investisseurs en actions, qui trouvent ainsi un début de justification aux valorisations (trop) élevées de leurs titres cotés. Si ces quelques indicateurs demandent naturellement confirmation, ils ont déjà fait un peu de tort aux investisseurs en obligations. Et pour cause. Les taux d’intérêt à long terme anticipent l’évolution future de l’inflation et, parallèlement, de la croissance économique. Comme la conjoncture affiche une mine plus réjouie aujourd’hui, les taux longs (à 10 ans) sont repartis à la hausse. Or, lorsque les taux sont en hausse, le prix des obligations est en baisse…

Aujourd’hui, le taux long aux Etats-Unis s’inscrit ainsi à 4,40 %, contre moins de 3,75 % il y a un mois. Dans la zone euro, où le taux long a tendance à suivre comme son ombre son homologue américain, le même constat prévaut. L’ampleur de la grimpette, ici ? De 3,90 à 4,30 % sur la même période.

Inflation

Faut-il pour autant craindre un krach obligataire comme celui de 1994 ? Non. Les économistes pointent comme principaux éléments de différenciation un taux d’inflation franchement plus modeste qu’à l’époque û près de 3 % en 1994, contre 1 % aujourd’hui aux Etats-Unis et 1,7 % en Europe û et une politique monétaire moins accommodante dans les années 1990 qu’elle ne l’est actuellement. Le taux directeur de la banque centrale américaine pointait en effet à 3 % en 1994, contre 1 % aujourd’hui (2 % en zone euro). En un mot comme en cent, la marge de man£uvre est plus appréciable qu’il y a 10 ans, de sorte que s’il y a dérapage, il sera contrôlé. Et il est probable qu’il y aura dérapage. Si la croissance économique tant attendue ces trois dernières années se matérialise enfin, il est logique que l’inflation et les taux prennent de la hauteur. Dans des proportions modérées, estiment les experts ès finances.

Dans ce contexte, comment faire face ? Pour ceux qui détiennent des obligations de qualité et qui ne sont pas des spéculateurs dans l’âme, pas grand-chose. La plupart des investisseurs attendent l’échéance de l’obligation pour se voir rembourser et perçoivent entre-temps leurs coupons. Pour eux, si le besoin de liquidités ne se fait pas cruellement sentir, autant laisser les choses en l’état. D’autant que si les émetteurs sont de qualité (rating A, AA ou AAA), il y a peu de chances que le remboursement pose problème.

Alternatives

Pour ceux qui souhaitent prendre pied aujourd’hui sur les marchés obligataires, rappelons qu’il faut à tout prix privilégier les émetteurs de qualité (qu’il s’agisse d’un Etat ou d’une entreprise). A favoriser aussi : les durées plutôt courtes (moins de 5 ans) et en devise européenne. Il serait en effet peu intéressant de s’engager pour dix ou quinze ans alors que les taux seront vraisemblablement plus élevés (et les obligations  » moins chères « ) d’ici à deux ou trois ans. Quant à la devise européenne, elle apparaît plus sûre que l’américaine, ne fût-ce que parce que l’ampleur du déficit américain est telle que le pays devra tôt ou tard payer la note (après l’élection présidentielle ?), avec les conséquences néfastes que l’on imagine pour la devise.

Il existe cependant des alternatives au papier de qualité européen et d’échéance courte : les obligations indexées sur l’inflation, par exemple. Comme les prévisions sur l’inflation vont dans le sens d’une hausse ces prochaines années, il peut être judicieux de jeter (partiellement, s’entend) son dévolu sur ce type d’obligation, dont le rendement (et, donc, l’évolution du coupon) est précisément fonction de l’inflation.

Les obligations convertibles sont une autre possibilité. Les émetteurs desdites obligations remboursent leurs créanciers soit en actions, soit en liquidités à l’échéance, au choix du détenteur de l’obligation. Moins risqué qu’un investissement direct dans une action, ce type d’obligation ne peut être jugé vraiment intéressant que si on parie sur une hausse de l’action sous-jacente à l’avenir. Autant avoir le nez fin, donc, surtout par les temps qui courent… François Mathieu

François Mathieu

Le risque de krach obligataire, comme en 1994, est très faible

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