Votre argent en 2004

Ceux qui, aujourd’hui, affirment qu’il faut investir dans tel ou tel type de placement parce que la situation économique va évoluer dans telle ou telle direction sont soit des devins, soit des fantaisistes.

La certitude ne devrait jamais être au rendez-vous lorsque l’on définit une stratégie de gestion patrimoniale, car c’est la meilleure façon… de se planter ! Dans l’ensemble, les Belges l’ont bien compris. Echaudés par trois années de déroute boursière, agréablement surpris par la spectaculaire remontée de ces treize derniers mois, ils restent sur la défensive : les livrets et autres instruments à court terme de placements sans surprise débordent de liquidités. On attend. Quoi ? Une confirmation claire de la reprise économique qui semble enfin se confirmer aux Etats-Unis. On espère. Quoi ? Que le mouvement sera suffisant pour entraîner à sa suite le continent européen, qui peine à monter dans le train de la croissance.

Et on croise les doigts. Pourquoi ? Parce que les tensions internationales – dégradation de la situation au Moyen-Orient et risques terroristes – tissent une inquiétante toile de fond planétaire qu’il serait vain d’ignorer.

Alors ? Plus que jamais, ce sont les règles les plus établies de la gestion de portefeuille qui doivent l’emporter. Elles tiennent en peu de choses et c’est sans doute pour cela que l’on a parfois tendance à les oublier ! Elles passent par une double analyse.

1. L’analyse personnelle critique. Une gestion patrimoniale dépend de l’âge, de la situation familiale et professionnelle, du caractère… Les plus jeunes, qui disposent d’un long horizon de placement, pourront prendre plus de risques que leurs aînés. Les anxieux chroniques éviteront les actions ou se limiteront aux sicav très défensives. On n’oubliera pas non plus une pincée de bon sens : on n’investit pas en actions le capital que l’on destine au remplacement de la voiture, programmé dans un an à peine… Et on privilégiera toujours la diversification entre les actifs (livrets, obligations, actions, etc.), fût-elle modeste, afin d’atténuer les risques.

2. L’analyse de la situation économique. Celle-là est bien plus complexe. D’autant que les experts ne sont pas forcément d’accord entre eux. De plus, l’économie reste une science humaine, c’est-à-dire difficilement paramétrable. Dans l’ensemble, pourtant, une lecture régulière de la presse permet de se faire une idée de l’évolution attendue des taux d’intérêt, des marchés financiers, des politiques budgétaires, des résultats des entreprises…

En ce moment, par exemple, les Bourses se tiennent plutôt bien. Trop bien ? Sommet en vue ? Cette opinion ne manque pas d’adeptes : l’ampleur du déficit américain, la cherté des prix pétroliers, la difficile reprise du marché de l’emploi et la concurrence asiatique sont autant de freins potentiels au redressement conjoncturel en cours outre-Atlantique. Et puis, fondamentalement, la Bourse y est assez chère. L’Europe se porte également mieux sur le plan conjoncturel. Mais elle aussi reste fragile. Les empêcheurs de tourner en rond ont ici pour noms  » vigueur de l’euro « ,  » faiblesse de la croissance économique « ,  » rigidité des structures économiques et sociales « …

En fait, pour timide que soit la reprise économique, les places boursières européennes et américaines semblent l’avoir largement intégrée. Dans ce contexte, la plus grande prudence et la sélectivité s’imposent. Certes, le rallye boursier entamé en mars 2003 n’a été brièvement freiné que par les tristes attentats du 11 mars 2004. Le sentiment des marchés reste donc plutôt teinté de vert. Mais quelques grains de sable pourraient rapidement enrayer la mécanique. Etat des lieux, repérages et portes de sortie, en attendant d’y voir plus clair…

Stéphane Renard et François Mathieu

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