Voile Un PS bruxellois pragmatique

Les propositions MR visant à interdire les signes convictionnels dans les services publics francophones ont été rejetées. So what ? A Bruxelles, Rudy Vervoort (PS) plaide pour le cas par cas.

Le Vif/L’Express : Nouveau président de la fédération bruxelloise du PS, vous n’avez pas tranché une question lancinante…

Rudi Vervoort : Cela ne sert à rien, comme le fait le MR, de donner des réponses simplistes à des questions complexes et qui, outre l’aspect moral, risquent d’être invalidées à un moment ou à un autre parce qu’elles ne respectent pas notre Etat de droit. Le MR joue avec le feu, fasciné qu’il est, en période électorale, par le modèle Sarkozy, lui-même dépassé par Marine Le Pen. Je propose une sortie par le haut en revenant aux bases de ce que doit être notre fonction publique – neutre ! – organisée dans l’intérêt de l’usager par le pouvoir exécutif, et non par le législatif. Le  » statut Camus « , qui, en 1937, a jeté les bases de notre fonction publique, a été promulgué par arrêté royal. C’est assez normal puisque l’administration est le bras armé de l’exécutif. En disposer autrement reviendrait à violer la séparation des pouvoirs. Depuis l’époque lointaine où j’ai passé les examens du SPR (Service permanent de recrutement) pour devenir agent de l’Etat, j’adhère toujours aux deux grands principes du  » statut Camus  » : la neutralité vis-à-vis de l’usager, la loyauté par rapport aux autorités politiques.

Cela dit, que faire avec l’expression éventuelle de signes convictionnels dans les services publics ?

Il faut cesser de stigmatiser un seul d’entre eux, auquel tout le monde pense : le voile. Je ne suis pas plus heureux quand j’entends un haut fonctionnaire de police comme Glenn Audenaert proposer de faire traiter la comptabilité de la police fédérale à Bombay, en Inde, ou le patron de la Stib, Alain Flausch, émettre, dans un colloque international, l’opinion suivant laquelle les transports en commun sont mieux traités par les gouvernements de droite que de gauche. Si l’on parle de neutralité, alors, ces responsables de services publics doivent s’abstenir de prendre des positions idéologiques, de la même manière qu’à d’autres échelons les fonctionnaires ne peuvent pas trahir par un sigle, un drapeau, etc., leurs opinions politiques, philosophiques, syndicales ou religieuses. La règle doit être la même pour tous.

Mais l’actualité, c’est, principalement, le port de signes religieux ostentatoires…

Vous en avez déjà vu beaucoup dans les administrations bruxelloises ? Si la question devait se poser, je réagirais par le biais du profil de fonction, avec un dialogue syndical, pour éviter de stigmatiser ou de généraliser, ce qui irait à l’encontre de la philosophie de la Cour européenne des droits de l’homme. Toute restriction à une liberté fondamentale comme la liberté religieuse ou d’opinion doit être proportionnée à l’objectif poursuivi. Selon moi, les élus peuvent exprimer, comme ils l’entendent, leurs opinions politiques et même religieuses, mais pas les mandataires : le Premier ministre, par exemple, ne pourrait pas porter un sigle CD&V dans l’exercice de ses fonctions. La règle de neutralité s’impose aussi aux professeurs, à l’exception des professeurs de religion. Pour le fonctionnaire, il faut en revenir au critère de base, qui est l’usager. Le fonctionnaire en contact avec l’usager doit avoir un aspect aussi neutre que possible.

Allez-vous déposer un texte pour formaliser votre position ?

Pourquoi toujours des textes ? La loi ne règle pas tout. Elle ne remplace pas le vrai travail de terrain. l

ENTRETIEN : MARIE-CÉCILE ROYEN

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