Verviers : longue, la campagne électorale

Michel Delwiche
Michel Delwiche Journaliste

Le chef de groupe Ecolo qui quitte le conseil communal, la première échevine MR qui démissionne, le patron du CDH qui ne part plus et le PS accusé de mener un jeu dangereux : un beau scénario pour tenir les Verviétois (et les autres) en haleine d’ici aux communales de 2012.

En juillet 2010, l’échevine socialiste et députée wallonne Muriel Targnion devient sénatrice de Communauté et est remplacée à l’échevinat par Malik Ben Achour, brillant universitaire d’origine tunisienne. Un autre échevin PS, Robert Botterman, glisse à la présidence du CPAS et est remplacé par Hasan Aydin, Belge d’origine turque, cadre bancaire au Luxembourg. Il n’en fallait pas plus pour que le PS soit suspecté de vouloir, en prévision des élections communales de 2012, s’attirer les suffrages des communautés d’origine étrangère.  » Une rumeur insistante est née, explique Muriel Targnion, selon laquelle le bourgmestre Claude Desama faisait venir à Verviers des cars complets d’étrangers pour toucher plus d’argent du fédéral et donc avoir plus d’électeurs. A Verviers, c’est tous les jours qu’on m’en parlait. « 

Immigration et pauvreté

Verviers, avec ses 53 000 habitants, est la cinquième ville de Wallonie. Comme toutes les grandes localités au passé industriel, elle compte une proportion importante de personnes d’origine étrangère et concentre les problèmes liés à l’abaissement du revenu moyen de ses habitants, à la suite de l’abandon du centre par les mieux nantis au profit des banlieues vertes. Cela affecte une part importante des recettes de la commune qui doit continuer à assumer toutes les fonctions urbaines (enseignement, culture, sport, services, voiries…)

C’est dans ce contexte que la majorité PS-MR tient une conférence de presse à la mi-février. Le bourgmestre est entouré du président du CPAS et de Pierre Moson, ancien président de la fédération MR, échevin ayant la Politique des étrangers dans ses compétences. Le triumvirat veut tordre le cou aux préjugés et aux stéréotypes : non, Verviers n’est pas le centre d’accueil privilégié des immigrés ; et non, Verviers n’est pas en voie de paupérisation à cause de leur afflux incontrôlé. Les chiffres : 10,5 % des habitants de Verviers (données de 2008) sont de nationalité étrangère, soit moins qu’à Seraing (14,4 %), à Herstal (17,9 %) ou encore à Mouscron ; le revenu moyen du Verviétois (en 2008 toujours) est de 12 463 euros , soit supérieur à celui du Sérésien (12 421 euros) ou du Carolorégien (11 871 euros). La proportion de personnes étrangères aidées par le CPAS est sans aucun doute un peu supérieure à celle des  » nés-natifs « , ce qui n’est que normal puisque cette population est moins favorisée, mais la plus grosse partie de ce coût incombe au fédéral.

Entre la réalité des chiffres et le ressenti de la population, il y a toutefois un gouffre. Le centre de Verviers, dont la convivialité et l’attractivité commerciale ne sont plus à la hauteur d’une ville de cette importance, compte de nombreux logements de piètre qualité qui abritent une population d’immigrés et de personnes paupérisées, voire quart-mondisées. L’image de la ville, de l’aveu de tous, est déplorable.

Banalisation

Au lendemain de la conférence de presse, le leader de l’opposition CDH, le député wallon Marc Elsen, réagit et reproche à la majorité de vouloir banaliser les problèmes, de faire l’autruche. Pour lui, la pauvreté grandit à Verviers ( » C’est le sentiment des Verviétois et notre conviction « , dit-il), tandis que l’immigration  » est un sujet d’inquiétude pour une partie importante de la population « .

Largement médiatisée, cette sortie provoque illico une réaction irritée de Claude Desama, qui précise que nombre de personnes issues de l’immigration, de la deuxième ou troisième génération, sont évidemment des Belges à part entière.  » Nous n’avons jamais dit que les personnes d’origine étrangère n’étaient pas nombreuses à Verviers, explique-t-il, mais bien que l’image colportée d’une ville envahie par les étrangers et les demandeurs d’asile relevait du fantasme.  » Faux, rétorque Marc Elsen.  » J’ai réagi de façon virulente parce que la majorité niait les vrais problèmes. Quand on les reconnaît, on est évidemment obligé de s’y attaquer. C’est un comportement à visée électoraliste, c’est évident. « 

Le MR encaisse mal

Mais c’est en fait dans les rangs libéraux que la conférence de presse de février provoque un véritable séisme. Guillaume Voisin, président du MR verviétois, proteste et conteste l’analyse de la majorité (qui est la sienne). Il est poussé à la démission. Assez vite, il lance le mouvement  » Verviers librement « , laissant entendre qu’il pourrait créer une liste libérale plus orientée centre-droit, et libérée des liens avec un partenaire socialiste qui, selon lui, s’accommode d’une paupérisation qui constitue son fonds de commerce. Il est rejoint par des militants purs et durs qui reprochent aux trois échevins MR d’être  » scotchés  » au PS et d’être  » les larbins de Claude Desama « .

Les échevins en question réagissent et réaffirment, au cours d’une conférence de presse, la position officielle du MR sur les thèmes de la pauvreté et de l’immigration : lutte contre les mariages blancs, interdiction du port de la burqa, interdiction du port ostentatoire de signes d’appartenance culturelle, religieuse ou politique dans les services publics et les écoles officielles…

Mais la bagarre interne au MR aura raison de l’engagement de la première échevine : le 11 mai, Catherine Lejeune, 32 ans, annonce, après un mois de réflexion, qu’elle abandonne complètement la vie politique. Officiellement pour raison de santé, expliquera-t-elle (elle ne se serait jamais remise complètement d’un burn-out subi il y a deux ans), mais aussi parce qu’elle ne se sent plus la force de mener une vie 100 % publique et n’est plus à l’aise avec toute une partie du monde politique. Elle espère que son départ créera un électrochoc au sein du MR verviétois.

Pas d’exil pour Melchior

Le 13 mai, Melchior Wathelet, le secrétaire d’Etat au Budget et à la Politique de Migration et d’Asile, annonce qu’il a décliné l’invitation de son parti à emmener la liste CDH aux communales à Liège (où il sera remplacé par Anne Delvaux, en provenance du Brabant wallon). Il se présentera à Verviers. En tête de liste ? Trop tôt pour répondre.  » Mais cette ville a besoin d’un second souffle que le CDH peut incarner, confie-t-il à la RTBF. Dire que tout va bien, qu’il n’y a pas d’appauvrissement, de problèmes de sécurité ou d’immigration importante, c’est ne pas connaître la ville.  » Le ton est donné.

Pour Claude Desama,  » le CDH veut brouter sur les terres du MR  » après le départ de Catherine Lejeune et Melchior Wathelet est mieux placé que le démocrate-chrétien Marc Elsen pour séduire un électorat de droite. Le secrétaire d’Etat a toutefois précisé qu’il avait communiqué sa décision au CDH avant que l’échevine annonce publiquement sa démission. Le problème de Verviers, selon lui, c’est que le pouvoir est entre les mains d’un seul homme, Claude Desama, pour qui le projet de centre commercial City Mall (Foruminvest) doit résoudre toutes les difficultés de la ville.

Entre-temps, City Mall a fait des dégâts dans un autre camp : Dany Smeets, chef du groupe Ecolo, a démissionné du conseil communal. Le feu vert accordé au gigantesque centre commercial du bord de Vesdre par le ministre wallon Ecolo Philippe Henry est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase :  » Ecolo n’applique pas ce qu’il enseigne à ses futurs cadres dans les formations. « 

Michel Delwiche

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