Vélo : la Wallonie en queue du peloton

Michel Delwiche
Michel Delwiche Journaliste

Un  » Plan Wallonie cyclable « , pour inverser la tendance et inscrire le vélo sur le chemin du travail ou de l’école.

Construire son REVe : c’est ce qu’a fait une classe de 6e primaire de l’institut Saint-Joseph à Jambes (Namur). Le REVe, c’est le Réseau des Ecoliers à Vélo : les élèves ont établi des itinéraires leur permettant de faire, dans les meilleures conditions, le trajet maison-école.  » Nous avons d’abord réfléchi avec eux sur la base de cartes, explique Fabian Lorent, formateur Pro Vélo à Namur, dans le but de choisir quatre cheminements de 3-4 kilomètres chacun, venant des quatre points cardinaux, et de repérer les n£uds sensibles. Par exemple, la traversée de l’avenue principale, près de l’école : quel est le meilleur endroit ? Nous avons ensuite testé les parcours pour valider nos choix. Nous ferons en sorte de baliser ces itinéraires, avec l’aide des autorités communales. « 

L’auto et l’école

Cette expérience s’inscrivait dans le cadre du  » Printemps de la Mobilité  » (du 9 au 13 mai), qui a pour objectif de présenter des alternatives sûres, qui pourront servir d’exemple, quand 60 % des déplacements scolaires en Wallonie sont effectués en voiture. C’est ainsi que 27 communes wallonnes ont lancé des projets de mobilité douce sur le chemin de l’école : à pied, en covoiturage (organisé avec Taxistop) et surtout à vélo.  » Au début de mon mandat, explique le ministre wallon de la Mobilité Philippe Henry (Ecolo), j’ai assisté à des cours destinés à apprendre aux enfants à rouler à vélo sur la voie publique. C’était à Enghien, une commune qui touche la frontière linguistique, et qui n’avait sans doute pas beaucoup plus d’adeptes du vélo que les autres communes wallonnes. Dans la commune voisine, en Flandre, c’est un moyen de locomotion habituel, et pas uniquement pour les écoliers. « 

Selon une enquête sur la mobilité des travailleurs réalisée en 2008 au sein d’entreprises de plus de 100 personnes, les Wallons ne sont en effet que 2,3 % à utiliser (partiellement ou totalement) le vélo pour se rendre au travail. Ils sont 7,3 % à Bruxelles, et 15,6 % en Flandre.  » C’est dans la tête, explique Philippe Henry : la preuve par Enghien où ni la météo, ni le relief, ni la densité de population n’expliquent la différence avec la commune voisine. C’est donc une question culturelle, mais aussi de responsabilité des pouvoirs publics. « 

Le gouvernement wallon veut en tout cas tenir compte du vélo dans sa politique de mobilité : il a adopté un  » Plan Wallonie cyclable  » destiné à augmenter son utilisation d’ici à 2020. La bicyclette n’est sans doute pas la panacée, mais elle peut intervenir en complément des transports publics, et souvent remplacer la 2e voiture des ménages. Premiers partenaires, les communes sont directement concernées par les déplacements courts : 63 d’entre elles ont présenté des projets de services ou d’aménagements destinés à faciliter l’usage du vélo. Treize d’entre elles ont été retenues et seront aidées pour affiner leur plan cyclable : création de pistes, réaménagement de chemins, balisage d’itinéraires, installation de parkings sécurisés… Six seront ensuite sélectionnées à l’automne prochain et se partageront 15 millions d’euros de subsides pour réaliser leur plan. Namur, par exemple, envisage, à l’instar du Villo ! de Bruxelles ou du Vélib de Paris, d’installer sur son territoire 30 stations où les usagers pourront disposer d’un deux-roues. Cela en complément du Point Vélo de la SNCB, l’un des quatre prévus en Wallonie, pour une trentaine en Flandre.

MICHEL DELWICHE

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