» Van Yp’ « , le vice-roi à la manoeuvre

Se faire parrainer, activer les réseaux : c’est la voie royale vers l’anoblissement. Mais celui qui a le dernier mot et l’oeil à tout, c’est Jacques van Ypersele de Strihou, chef de cabinet d’Albert II.

La commission a horreur de la lumière. A commencer par son greffier.  » Devoir de réserve… « , fait savoir ce fonctionnaire aux Affaires étrangères en se dérobant à la curiosité du Vif/L’Express. Son département est tout aussi fâché avec la transparence. Découvrir les visages de la Commission d’avis sur les faveurs nobiliaires ? Vous n’y pensez pas !  » Nous n’aimons pas fournir sa composition, pour permettre aux membres de faire leur devoir discrètement.  »

Heureusement, des langues acceptent de se délier dans le plus strict anonymat, pour dévoiler ce qui doit rester caché. Ainsi, la manière nébuleuse dont sont désignés ses quatorze membres. La noblesse y siège en force : neuf représentants, pour moitié anoblis de fraîche date, pour moitié fournis par l’aristocratie de plus vieille souche.

Ce petit monde se renouvelle par auto-cooptation. Or l’acte fondateur de la Commission aspirait à refléter  » les divers milieux sociaux « . Ce n’est pas gagné :  » Il y a une vraie multiculturalité sur le plan professionnel, quoique à dominance catholique. Mais ces gens de réseau ne reflètent pas toutes les classes sociales « , confirme cet ancien membre. Réseau et parrainage font la loi.

C’est qui,  » on  » ?

La Commission ne cogite pas seule dans son coin. Jacques van Ypersele de Strihou, le chef de cabinet du roi, n’est jamais loin.  » Aucune nomination dans la Commission ne se fait sans qu’il ait voix au chapitre « , selon plusieurs témoins.  » Van Yp’ « , alias  » le vice-roi « , trotte dans les têtes à l’heure du tri des candidats. Au besoin, le président de séance administre la piqûre de rappel par une formule en vogue durant les séances :  » « On » me dit que, « On » me suggère que…  »  » C’est qui, « on » ?  » s’est un jour enquis un membre. Eclat de rire général.

Le président de la Commission se charge de faire passer les messages venus du Palais. A moins que ce ne soit le patron des Affaires étrangères, l’influent Jan Grauls (CD&V). Ou alors le greffier Paul De Win, l’unique  » permanent « , qui fait partie des meubles depuis 1993. C’est la véritable  » mémoire  » de la Commission.  » Bien placé pour allumer les clignotants « , rapportent des témoins.

La Commission sent ainsi les humeurs du Palais.  » Elle s’auto-conditionne dans ses choix.  » Tout n’est que subtilité :  » Le chef de cabinet du roi ne suscite pas de candidatures, il est trop malin pour cela. Ne finissent par arriver chez lui que les dossiers qui auront son accord « , prétend ce témoin. Qu’est-ce qui fait courir ainsi Van Yp’ ?  » Le pouvoir. Rien que le pouvoir.  »

Ce pouvoir, il faut bien le partager avec le ministre des Affaires étrangères. Qui  » rentabilise  » à l’occasion son indispensable contreseing.  » J’ai connu quelques interventions politiques « , témoigne un commissaire. Des noms sont biffés, d’autres, rajoutés.

Commission, Palais, ministre : le ménage à trois ne va pas sans frictions.  » Je pourrais vous en raconter des croustillantes « , s’amuse une éminence politique avant de se raviser. Le veto royal n’est pas une fiction.  » Il arrive que le roi sorte ses jokers.  » Et avance ses propres pions.

Les plus favorisés échappent à ce va-et-vient. On les appelle les  » motu proprio « , anoblis par la seule volonté expresse du roi.  » La crème de la crème « , s’enorgueillit l’un de ces rares privilégiés. Une récompense suprême qu’Albert II réserve généralement pour sa garde rapprochée : ses intimes, ceux ou celles qui ont été au chevet des enfants du couple royal, et qui en savent un bout sur l’histoire de la famille. Quelques présumés  » adoubés  » : les comtes Georges Jacobs, Michel Didisheim, François de Radiguès. Mais aussi le baron Francis Delpérée.

Et Albert II, dans toute cette pièce ?  » Lui ? Personnellement, il s’en f… royalement « , s’esclaffe un anobli qui a pu l’expérimenter.

P. HX

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