Une vitrine résolument belge

La Foire s’est choisi un nouvel écrin et déménage à Malines. Et, pour sa 35e édition, mise sur la peinture belge : les valeurs confirmées et les étoiles de demain.

Cette année, Eurantica Fine Art Fair quitte le plateau du Heysel et s’installe au nord de Bruxelles, au Nekkerhal à Malines. Le lieu (à 10 minutes de la gare) s’étend sur 15 000 m², au sein d’un seul et unique palais. Nouvel écrin mais règles inchangées : soit 10 000 m² d’exposition pour une centaine d’exposants avec 55 % d’antiquités classiques, 10 % d’art extra-européen, 35 % d’art moderne et contemporain proposés par 60 % de galeries belges et 40 % de galeries européennes. On attend 25 000 visiteurs, collectionneurs et amateurs d’art et d’antiquités.

Magritte superstar

Cette année, la foire met en lumière la peinture belge. Toutes les tendances seront représentées. Sur certains stands vont se côtoyer des valeurs très sûres et des signatures mondialement célèbres. Par définition, chaque galeriste montre le meilleur de ses pièces, ou le plus propre à séduire les collectionneurs. Les oeuvres trouvent-elles preneur ? Quelle est leur place sur la scène internationale ? Peut-on parler d’une véritable montée en puissance de la peinture belge sur les grands marchés ?  » L’art belge se porte bien, explique Eric Gillis, historien de l’art et directeur de la Fine Art Gallery. Cela dit, entre 80 à 90 % de la production belge réalisée entre 1830 et 1980 se vend en Belgique. Le marché international est très petit et se focalise sur les grands noms : Spilliaert, Ensor, Khnopff, Rops et Minne. J’ai travaillé dix ans aux Etats-Unis et je connais bien ce marché. La qualité demandée est très élevée. Les Américains recherchent les « valeurs sûres », les « caricatures » en quelque sorte : les masques de James Ensor, la grande rue à Ostende de Spilliaert ou la femme « mystérieuse » de Félicien Rops. En revanche, la production érotique de Rops ne marche pas du tout, les Américains sont très pudiques. Leur culture est très « terre à terre », ils aiment le folklore et la mythologie. Le symbolisme, par exemple, ils ont du mal à le comprendre. Par ailleurs, aux Etats-Unis, des acheteurs sérieux, institutionnels ou privés, qui désirent vraiment constituer des collections cohérentes, sont encore très rares et peu nombreux. D’habitude, ils achètent une pièce symbolique, leur connaissance de l’art belge est encore très sommaire.  »

Du côté des surréalistes, un seul nom se détache vraiment : Magritte. Il y a une dimension du jeu qui séduit le marché international : les tableaux peuplés d' »icônes » magrittiennes, comme les croissants de lune, chapeaux melon, pipes, parapluies, pommes et oiseaux.  » Les Américains aiment les choses visibles et reconnaissables en un clin d’oeil, souffle Eric Gillis. L’autre point fort chez Magritte, c’est le principe de répétition, qu’illustre parfaitement, par exemple, L’empire des lumières. Magritte en produira vingt-sept versions. Il part de l’idée qu’une peinture, puisqu’elle est d’abord une image, est reproductible à l’infini. En cela, Magritte est un excellent « marketing man » et aura une influence considérable sur le pop art dans les années 1960.  »

Le groupe Zéro commence à être une référence majeure ! Ce mouvement réunit des artistes de la génération 1930-1940 et a été constitué, dans les années 1959-1960, par des artistes allemands, tels Günther Uecker, Otto Piene et Heinz Mack. Un réseau international a immédiatement émergé, rejoint par les Italiens comme Fontana, Manzoni et Castellani, le Français Yves Klein, la Japonaise Yayoi Kusama, la célèbre  » dame aux petits pois  » et quatre Belges : Walter Leblanc, Jef Verheyen, Pol Bury et Paul Van Hoeydonck.  » Ces artistes voulaient retourner aux sources de la peinture : vraie, authentique et essentielle, souligne Baudouin Michiels, président de la fondation Walter Leblanc. Ils voulaient se dégager de tout anecdotisme qui était parfois un peu perturbant dans l’oeuvre et redonner du sens et de la vision à un art qui semblait quelque peu enlisé dans un expressionnisme narratif ou une abstraction fatiguée qui n’inspire plus. Ces dix dernières années, les artistes du groupe Zéro sont apparus comme étant des précurseurs des grands minimalistes tels Sol LeWitt, Donald Judd ou Dan Flavin. Parce que leur contribution à l’histoire de l’art est loin d’être vaine, il y a une attention de plus en plus marquée pour ces artistes. Les quatre Belges ont connu une certaine notoriété, mais n’ont pas été promus activement par les instances institutionnelles. Malgré la qualité de leur travail, leurs oeuvres restent trop peu connues du grand public. Mais les choses changent depuis les expositions organisées ces dernières années au Guggenheim à New York, au Stedelijk Museum à Amsterdam et au Musée Gropius à Berlin, toutes consacrées au groupe Zéro. En octobre, une grande exposition consacrée à la lumière est prévue au musée d’Ixelles. Elle réunira de très nombreuses oeuvres de Leblanc et Verheyen.

La génération d’après-guerre

Musées et expositions, de plus en plus fascinés par les étoiles, réservent souvent leur affiche aux valeurs sûres. Par prudence, ils osent peu la nouveauté, qui déroute, et célèbrent la notoriété, qui rassure.  » Il y a deux marchés, celui des artistes contemporains, défendu par une armada de galeries qui poussent à la vente et boostent le marché, et celui des « oubliés ». Ce sont les artistes qui ont eu du succès, qui sont sortis du marché, se trouvent aujourd’hui dans des collections et dans des musées qui ne les montrent pas « , détaille Maurice Verbaet, collectionneur d’art belge depuis quarante ans.

Parmi les artistes  » oubliés « , il y a notamment toute la génération d’après-guerre. Pour réparer l’oubli, Maurice Verbaet a ouvert à Anvers, en septembre 2015, le MVAC (Maurice Verbaet Art Center) qui s’est installé dans un prestigieux bâtiment construit en 1965 pour la Compagnie des eaux. Il réunit, au rez-de-chaussée, une salle d’expositions de 1 400 m² et une salle de conférence au huitième étage.  » Nous nous donnons pour mission de défendre activement, en Belgique et à l’étranger, un certain nombre d’artistes dont l’oeuvre est à la fois particulière et représentative de l’après-guerre tout en étant insuffisamment reconnue.  » En avril prochain, une importante exposition sera consacrée à Paul Van Hoeydonck. Sur le plan international, le MVAC va montrer des oeuvres majeures d’artistes belges de l’après-guerre en France, dans les musées à Menton, à Saint-Rémy-de-Provence et à Pontoise, histoire de poursuivre la mission de visibilité que s’est fixée l’équipe du Centre.

Eurantica, au Nekkerhal – Brussels North, à Malines. Du 5 au 13 mars. www.eurantica.be

Par Barbara Witkowska

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