Une sexualité ambiguë

Faut-il interdire à nos filles de s’habiller comme leur idole ?

Marie (11 ans) collectionne les photos de Britney Spears. Mais elle n’ose plus tellement en parler à ses copines, car sa chanteuse préférée ne fait plus l’unanimité.  » Depuis qu’elle a embrassé Madonna sur la bouche, on dit que c’est une lesbienne.  »

Le phénomène de l’idole de jeunes n’est pas neuf.  » Une chanteuse est un modèle d’identification accessible, explique la psychothérapeute Mireille Pauluis. Qu’il s’agisse de Lorie, de Priscilla ou d’Alizée, on les voit beaucoup à la télévision. Elles sont jeunes, jolies, pleines de vie… Après avoir voulu être belles comme des princesses de contes de fées, les gamines s’intéressent aux vedettes à la mode. Elles en parlent entre elles. Ce n’est pas mauvais. Cela marque la différence entre les générations, crée une distance avec les parents ou les profs. Ceux-ci ne peuvent pas être les seuls exemples.  »

Les problèmes surgissent lorsque le chanteur devient l’unique référence de l’enfant, au point qu’il en perd sa personnalité. Ou quand ses  » héros  » sont dépourvus de toute qualité.  » C’est ce qui est tristounet dans la télé-réalité : c’est nous, en banal, poursuit Mireille Pauluis. Voir que d’autres vivent les mêmes difficultés quotidiennes que nous, c’est bien. Mais, de là, à se complaire dans les problèmes… Cela révèle une perte d’idéal. Il est important que l’enfant ait aussi des modèles qui défendent des valeurs.  »

A ses débuts, Britney avait de quoi rassurer les parents. Mais, en grandissant, ses formes se sont arrondies et la petite fille sage s’est transformée en vamp provocante. Dangereuse, la chanteuse de Toxic ? Certes, Madonna avait sans doute fait plus fort autrefois.  » Mais elle ne s’adressait pas à un public d’enfants, remarque Chris Paulis, anthropologue à l’université de Liège, alors que Britney joue sur deux tableaux. En essayant de séduire un nouveau public, elle entraîne les plus jeunes de ses fans dans une sexualité ambiguë : les jupes à franges très fendues ou les deux-pièces échancrées avec soutien-gorge à froufrou pour les 5 ans, ça ne va pas, ni les chaussures à talons hauts et à lacets pour une gamine de 12 ans. Cela n’a plus rien à voir avec les pantalons taille basse et les mignons tee-shirts qui découvrent le nombril. Dans les cours de récré, les garçons sont déjà suffisamment bousculés par leur puberté « …

A la différence de Lorie, qui chante pour les Restos du c£ur, ou même de Madonna, qu’on voit régulièrement faire du sport, Britney se contente d’une image hypersexualisée.  » En outre, dans les magazines, les jeunes peuvent lire qu’elle se fait payer pour passer se montrer dans une boîte ou qu’elle réclame de manger gratis au restaurant, poursuit Chris Paulis. Ce rapport sexe-argent n’est pas sain.  »

Lorsque le modèle dérape, le rôle des parents est de mettre des balises. Il faut rappeler aux enfants la différence entre la fiction et la réalité. Le show-biz, ce qui se passe sur scène ou dans un clip, c’est un peu comme les contes de fées. Ce n’est pas vraiment vrai. D.K.

Dorothée Klein

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