Une politique de clashs en crashs

Pierre Havaux
Pierre Havaux Journaliste au Vif

Sac de nouds communautaires, foire d’empoigne politicienne, imbroglio juridique, casse-tête économico-environnemental : l’aéroport de Zaventem étale au grand jour l’incapacité du monde politique à prendre de la hauteur.

Ce jour de printemps 2007, le député MR François-Xavier de Donnea s’autorise quelques écarts de langage en apostrophant le ministre SP.A de la Mobilité, Renaat Landuyt :  » On a vraiment fait des imbécillités, d’énormes conneries dans ce dossier !  » Une énième péripétie autour de l’aéroport de Zaventem vient de faire sortir l’élu libéral de ses gonds. Politique du  » chien crevé au fil de l’eau « , gestion  » à la petite semaine « , arrangements en  » stoemelings  » : quinze ans de politique aéroportuaire dénuée de toute vision sont descendues en flammes par le parlementaire bruxellois ulcéré. De Donnea en perd son flegme, et le commun des mortels y a perdu son latin. Il a renoncé à saisir la logique de trajectoires aériennes constamment modifiées ou à comprendre le sens de décisions de justice rendues en cascade, mais restées lettre morte. La gestion de l’aéroport de Bruxelles-National a perdu la boussole. Elle est happée par une spirale infernale bassement politicienne.  » Route Chabert « ,  » plan Anciaux  » : des ministres donnent même leur nom à d’édifiants épisodes de la saga. Pas une démarche qui ne vire à l’affrontement partisan, au bras de fer communautaire. Les ministres et les élus en prise directe avec ce dossier n’ont que la logique du Nimby (Not in my backyard,  » Pas dans mon jardin « ) à la bouche : ils défendent leur bout de gras électoral en cherchant à refiler les nuisances chez les riverains voisins. On oppose les Flamands bon teint aux bourgeois fransquillons de la périphérie, les citadins bruxellois aux Brabançons flamands.

Implanté en terre flamande, mais situé aux portes de la Région bruxelloise, l’aéroport de Zaventem est en soi une pomme de discorde entre le nord et le sud du pays. 75 % des nuisances qu’il produit vont aux francophones, 75 % des bénéfices qu’il dégage vont à la Flandre, résumait un jour un gestionnaire du dossier. L’appellation même de  » Bruxelles-National  » donnée à l’aéroport hérisse le monde politique flamand.  » Nous sommes en plein système belge, qui excelle dans le mélange des enjeux économiques, communautaires et politiques, relevait l’ex-ministre Ecolo des Transports, Isabelle Durant (1). Ou plutôt des enjeux de politisation, puisque, dans le cas de Biac et de Belgocontrol, la  » colonisation » par les socialistes, indirectement présents dans le capital privé de l’aéroport, reste largement d’actualité « . L’Etat fédéral a perdu le contrôle (il possède encore 30 % de Brussels Airport Company, l’ex-Biac) sur un aéroport devenu une simple infrastructure située en Flandre, et couvée par les dirigeants politiques flamands, les socialistes en tête. Luc Van den Bossche, ex-ministre SP.A, préside le conseil d’administration de la société. Jannie Haek, ex-chef de cabinet de Johan Vande Lanotte et actuel patron du holding SNCB, a dirigé Biac. Depuis le passage chahuté de Durant et sa croisade contre les vols de nuit, le portefeuille ministériel de la Mobilité est une chasse gardée de la Flandre : Bert Anciaux (Spirit), Renaat Landuyt (SP.A), aujourd’hui Etienne Schouppe (CD&V du Brabant flamand) occupent le terrain. Les leviers de commande de la politique aéroportuaire au niveau fédéral échappent aux partis francophones. Le MR a placé ses priorités ministérielles ailleurs. Les libéraux francophones, dans l’opposition en Région bruxelloise, n’ont pas forcément envie de se démener pour obtenir des avancées qui profiteraient aux ministres régionaux PS et Ecolo. Le PS ne voit guère de rentabilité électorale à se battre pour les bastions libéraux de la périphérie. Les riverains risquent donc encore de trinquer longtemps.  » On va droit dans le mur à Zaventem « , prévient de Donnea. Certains se prennent à rêver que la grosse frayeur suscitée par le crash poussera le monde politique à se ressaisir.

(1) Isabelle Durant, A ciel ouvert, éd Luc Pire, 2003.

Pierre Havaux

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