Une manne de découvertes

Défendre l’art au singulier pluriel : un moteur du KunstenFestivaldesArts. Un rendez-vous annuel, une tradition, qui veille toujours à se renouveler.

Deuxième édition pour Christophe Slagmuylder, directeur artistique du KunstenFestivaldesArts. L’an dernier, Frie Leysen, fondatrice de cet événement international bruxellois, lui passait le relais.  » Cette première édition était un peu pour moi comme un examen de passage… Je pense l’avoir réussi : la réponse et la curiosité du public n’ont pas failli. D’une certaine manière, cela m’a conforté, rassuré aussi « , commente Slagmuylder avec beaucoup d’humilité.

L’an dernier,  » sa  » première saison affichait quelques pointures rassembleuses d’audience : Anne Teresa De Keersmaeker, Josse De Pauw, William Forsythe ou le Wooster Group. Cette année,  » hasard des calendriers « , concède son directeur, le Kunsten joue avec moins de têtes d’affiche. Des (célèbres) fidèles sont malgré tout au menu des 31 propositions que le festival égrénera sur tout le mois de mai, dans 20 lieux bruxellois différents : le compositeur et metteur en scène allemand Heiner Goebbels, le collectif de théâtre  » réalité  » Rimini Protokoll, le chorégraphe carioca Bruno Beltrão, le photographe et performeur sino-australien William Yang, ou encore le plasticien et  » chef d’orchestre  » scénique bruxellois Kris Verdonck…

Quant à parler d’un thème qui unirait le tout, la question est plus délicate :  » La programmation du festival ne s’est jamais articulée en fonction d’un thème ou d’un sujet précis. Elle se construit plutôt à la manière d’un puzzle. Au début, les premières pièces sont choisies de manière complètement individuelle puis, au fur et à mesure que l’image se construit, on finit par chercher plus clairement les autres pièces qui vont permettre d’arriver à une image complète. Progressivement, des croisements entre différentes propositions se construisent et des préoccupations communes en apparaissent. « 

Cette année, la question de la fin, de la destruction à terme de l’humanité ressort dans plusieurs projets. Qu’il s’agisse de la création de End, en ouverture du festival, pour dix tableaux de l’apocalypse selon Kris Verdonck ; ou de Stifters Dinge (également en ouverture), de Heiner Goebbels ; de Finales, de l’Argentine Beatriz Catani ; de Dying as a Country, du metteur en scène grec Michael Marmarinos… Une dernière proposition qui résonnera sans doute très particulièrement dans la Belgique d’aujourd’hui :  » La pièce parle de l’agonie d’une nation, commente Slagmuylder, et elle s’interroge sur cette notion, sur ce que cela signifie pour un individu de faire partir d’un tout, d’une communauté… Il me semblait intéressant de traiter de ce sujet en élargissant le débat, au-delà de la Belgique : qu’il s’agisse d’un point de vue grec comme ici, ou néo-zélandais, avec Tempest II, de Lemi Ponifasio, où il est question de destruction culturelle des minorités ethniques en Polynésie…  »

La création artistique pour reconstruire

Pessimiste, le Kunsten ?  » Non, absolument pas, rétorque le directeur. Si des artistes parlent de destruction, de l’homme courant à sa propre perte, ce n’est pas dans une volonté nihiliste, mais davantage pour pointer le fait qu’il y a à reconstruire, à relancer la machine. Le geste créatif, en soi, va d’ailleurs à l’encontre même de toute idée de fatalisme ou de destruction : quels que soient la forme ou le propos, c’est déjà en soi poser un acte positif de création. « 

KunstenFestivaldesArts, du 9 au 31 mai, dans différents lieux de Bruxelles (centre du festival à l’AB). Tél. : 070 22 21 99 ;

www.kfda.be

Olivier Hespel

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