Une confrontation tout en douceur

Barbara Witkowska Journaliste

L’édition 2015 du Festival de Wallonie explore les liens émotionnels, politiques et religieux entre création musicale et pouvoir(s). Mais son esprit est toujours guidé par l’envie de faire de la musique en toute amitié et de l’offrir à un public fidèle.

Rien moins que 150 concerts vont enchanter nos plus belles scènes ! Pour tisser davantage de passerelles entre les festivals fédérés, le Festival de Wallonie s’est doté d’une nouvelle  » transversale  » mettant à l’honneur les artistes de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Lionel Meunier et son ensemble vocal Vox Luminis ouvrent le bal de ce nouveau concept et nous fixent rendez-vous à Saint-Hubert, Namur, Stavelot, Liège et Mons.

Une vraie révélation, ce Vox Luminis ! Il ne lui a fallu qu’une dizaine d’années pour s’imposer comme l’un des meilleurs ensembles de musique sacrée.  » On a commencé comme un ensemble d’étudiants et on a grandi ensemble, explique Lionel Meunier. Nous avons travaillé dur et nous y avons cru. C’est notre passion, nous sommes heureux de chanter, en essayant d’y insuffler la même ferveur qu’il y a trois cents ans. La musique sacrée demande du calme et du temps, pourtant notre public est très éclectique et de plus en plus de jeunes s’identifient à nous. La thématique de cette année nous inspire. La musique qu’on fait est toujours connectée au pouvoir, elle a été écrite pour le pouvoir, soit religieux soit régnant. Personnellement, ce qui m’intéresse c’est le pouvoir de la musique en tant que tel, à savoir d’apaiser et de soigner. Comme pas mal de gens, j’ai un problème avec la mort. Chanter les musiques composées pour les funérailles, par exemple, cela m’aide. Cela ne fait pas accepter la mort, mais la rend plus douce.  »

Vox Luminis brillera dans une poignée de très grandes oeuvres. A Namur et à Saint-Hubert, on entendra le Requiem impérial de l’Autrichien Johann Joseph Fux (1670-1741). Composé en 1720 pour les funérailles de la veuve de Léopold Ier de Habsbourg, ce superbe requiem, très intense et qui touche énormément, a été le plus chanté pour la famille des Habsbourg. La basilique de Saint-Hubert sera l’écrin idéal pour les Funérailles de la reineMarie de Thomas Morley et Henry Purcell, grand succès discographique en 2013.  » On va faire une procession, on va se balader et jouer avec le son pour créer quelque chose d’unique. Le public s’en souviendra !  » A Stavelot, Vox Luminis interprétera Miserere de Gregorio Allegri, écrit en 1638 pour le pape Urbain VIII.  » Cette oeuvre avait un succès inouï. Pendant cent ans, elle n’a pu être chantée a cappella qu’à la Chapelle Sixtine et nulle part ailleurs, c’était la « chasse gardée » du pape !  » Dans la cité du Doudou, on pourra découvrir la personnalité  » européenne  » de Roland de Lassus, compositeur prolifique et polyvalent né à Mons en 1532 et mort à Munich en 1594. Vox Luminis chantera une pièce de chaque genre.

L’autre événement ? La venue de Fazil Say, pianiste et compositeur turc, devrait faire sensation. Esprit laïque et libre, connu pour sa verve artistique militante et poursuivi pour  » insulte aux valeurs religieuses de l’islam « , il promet de faire quelques étincelles. Le pianiste français Eric Le Sage visitant son cher Schumann, le violoncelliste Gautier Capuçon chez Grieg ou l’organiste Cindy Castillo réinventant Bach complètent une programmation riche et diversifiée. Pour tous les goûts, donc.

Du 26 juin au 16 octobre, www.festivaldewallonie.be

A écouter : English Royal Funeral Music, Purcell, Morley et Tomkins, 1 CD, Ricercar

Barbara Witkowska

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