Une année décisive

L’ex-Yougoslavie n’en finit plus de se décomposer. Quinze ans après le début d’un démantèlement marqué par trois conflits (Croatie, Bosnie, Kosovo) et 200 000 morts, la Serbie se retrouve, une fois de plus, au centre de l’échiquier balkanique. Avec trois dossiers majeurs à gérer :

E Le Kosovo

Les négociations sur le statut de cette province doivent s’ouvrir en Autriche vers le 20 février, sous l’égide de l’ONU. Un accord est espéré courant 2006. Le Kosovo sera-t-il indépendant, comme l’exige la majorité albanophone, ou restera-t-il lié à la Serbie, selon le v£u de Belgrade ? La première hypothèse paraît désormais probable. Les négociateurs albanais, même privés de leur leader moral, Ibrahim Rugova, décédé le 21 janvier, semblent toucher au but. A condition, toutefois, de fournir des garanties sur le sort des minorités (notamment les Serbes) et de leurs lieux de culte. A ce jour, ils n’ont jamais paru s’en préoccuper. Or la communauté internationale insiste beaucoup sur ce point.

Belgrade, pour sa part, clame son hostilité à l’indépendance du Kosovo. En réalité, les dirigeants serbes, divisés entre radicaux et modérés, savent que la bataille est perdue, mais aucun d’entre eux n’ose l’admettre devant l’opinion. Les plus souples craignent la réaction des nationalistes (35 % de l’électorat), nostalgiques de l’ère Milosevic. Au-delà, Belgrade prédit une déstabilisation des Balkans, en particulier dans les pays où vivent des communautés de souche albanaise, comme la Macédoine. Enfin, Belgrade estime qu’un Kosovo souverain deviendrait rapidement un Etat mafieux, tenté de se fondre dans l’Albanie voisine.

E Le Monténégro

Cette petite république (670 000 habitants), associée à la Serbie depuis février 2003 dans le très fragile Etat commun de Serbie-et-Monténégro, pourrait accéder à l’indépendance. A la fin d’avril, les Monténégrins devront se prononcer par référendum sur ce sujet. Les modalités du scrutin sont en négociation entre le gouvernement – favorable à la séparation – et l’opposition. En cas de succès du oui, il restera, là aussi, à connaître la réaction des Serbes.

E Les criminels de guerre

Le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) exige la capture des ex-dirigeants serbes de Bosnie, Radovan Karadzic et Ratko Mladic, inculpés depuis dix ans pour génocide et crimes de guerre. Or tout indique que les deux fugitifs, très populaires en Serbie, ont disposé, et disposent encore, d’appuis dans les services de sécurité de ce pays.

La communauté internationale, à commencer par l’Union européenne, a des arguments à faire valoir auprès de Belgrade : l’aide au développement, voire, à long terme, une perspective d’adhésion à l’UE. L’objectif est d’achever sans violence le démantèlement de l’ex-Yougoslavie et de poser les bases d’un Etat qui, à l’avenir, se limitera sans doute à la seule Serbie. l

P.B.

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