Un voyage passionnant

Au départ, Le Vif/L’Express ne pensait pas consacrer beaucoup d’espace à l’évocation du double anniversaire de l’année 2005 : 175 ans d’indépendance et 25 de fédéralisme. Cette célébration nous semblait un peu artificielle, convenue. Artificielle, parce que le chiffre 175 ne nous paraissait pas avoir valeur de symbole. Marquer d’une pierre blanche l’anniversaire d’un pays, pensions-nous, ne s’impose vraiment que tous les cent ans, cinquante à la rigueur. D’autre part, nous étions perplexes quant à l’opportunité de  » fêter  » un tel anniversaire alors que les relations entre les deux grandes communautés du pays ne sont pas très bonnes, et qu’une nouvelle et difficile négociation institutionnelle est annoncée pour 2007. A quoi rime-t-il de souffler 175 bougies si l’on n’est pas certain de vouloir poursuivre la vie en commun jusqu’à fêter ensemble, en 2030, le bicentenaire du pays ? Enfin, nous n’avions pas envie de nous mêler au concert des propos conventionnels qui accompagnent généralement les commémorations officielles.

Et puis, en y réfléchissant mieux, nous nous sommes dit qu’il était possible de réaliser un travail intéressant sur l’histoire de Belgique, sans tomber dans les banalités soporifiques. A condition de l’entreprendre dans une optique visant à explorer le passé pour mieux comprendre le présent et, qui sait, faire jaillir des éclairages utiles pour l’avenir.

C’est le fruit de ce travail que vous tenez entre les mains. Au fil des mois, nous avons pris un plaisir grandissant à interroger une large palette d’historiens spécialisés dans les phases successives de l’histoire du pays, depuis la Révolution jusqu’à la période contemporaine. Mais nous avons pensé qu’il fallait, pour commencer, remonter plus loin dans le temps. L’histoire de la Belgique au sens strict ne commence en effet qu’en 1830, avec la création de ce nouvel Etat. Parler de  » Belgique  » et de  » Belges  » avant 1830 paraît donc anachronique, puisque même ces mots, peu usités auparavant, n’avaient pas la signification qu’on leur accorde depuis lors. La Belgique et la notion de  » peuple belge  » seraient-elles, dès lors, de pures inventions créées pour échafauder une construction fictionnelle imposée par les puissances victorieuses de Napoléon, et satisfaire leurs visées géopolitiques de l’époque ?

En voilà, des questions existentielles ! Nous – la Belgique, les Belges, les Flamands, les francophones – partagerions un destin commun seulement parce qu' » on  » nous aurait imposé de vivre ensemble dans un pays artificiel. A l’heure où il est question de séparatisme, on voit les conclusions politiques qui peuvent être tirées d’une telle vision de l’histoire : nous n’étions pas faits pour vivre ensemble mais on nous y a contraints ; puisque nous ne nous supportons plus, séparons-nous.

Pour éclairer ces questions, il nous a paru nécessaire de remonter avant 1830 et d’explorer en raccourci le passé plus lointain. Ce survol est forcément très simplificateur. Il n’a pour but que d’apporter quelques repères à ceux qui ont le sentiment d’avoir  » tout oublié  » depuis l’école. Mais nous sommes nombreux dans ce cas ! La faute n’en revient pas nécessairement à des professeurs qui nous ont mal appris  » notre  » histoire ou aux écoles qui ont mal construit leurs programmes. A la décharge des uns et des autres, il faut reconnaître que l’histoire de Belgique est compliquée. Parce que ce pays n’est pas un espace homogène délimité par des frontières naturelles évidentes, son territoire a subi, au fil des siècles, de multiples influences successives. Nos régions ont longtemps fait partie d’ensembles géopolitiques plus vastes, qui changeaient de mains à la faveur des successions monarchiques, d’échanges entre puissances, de guerres nombreuses et meurtrières.

Pourquoi nous a-t-on appelés  » Pays-Bas  » ? Avons-nous été  » autrichiens  » avant ou après avoir été  » français  » ou  » espagnols  » ? Depuis quand les Liégeois exportent-ils des armes ? Combien de temps leur principauté est-elle restée autonome ? De quelle époque date la frontière linguistique ? Quel âge avaient les mineurs de la révolution industrielle ? Que mangeait-on à l’époque ? Quand a-t-on cessé de mourir du choléra ? Pourquoi nos ancêtres ne se lavaient-ils pas ? Pour apporter des réponses à ces questions et à tant d’autres, nous sommes allés aux meilleures sources. Les réponses que nous ont données nos interlocuteurs ont souvent apporté un lot insoupçonné de surprises. Nos lecteurs y ont pris goût jusqu’à demander que tous les épisodes de cette série d’arti- cles soient rassemblés au sein d’un seul fascicule, plus agréable à conserver. Le voici. Merci à toutes et à tous de nous accompa- gner une nouvelle fois dans ce passionnant voyage.

de Jacques Gevers (directeur de la Rédaction du vif/l’express)

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