Un regain d’activité à Mons et Charleroi

Après un passage à vide, les ventes repartent à la hausse en Hainaut oriental. La maison jointive caracole en best-seller, mais la villa et l’appartement neuf n’ont pas dit leur dernier mot.

Oublié le visage grave des années précédentes, c’est avec la mine réjouie que les notaires hennuyers ont présenté leur analyse du marché immobilier de l’an écoulé. Et pour cause, après trois années de repli, le nombre de ventes est reparti à la hausse en 2015, enregistrant une  » belle progression  » de 11,3 %. Ce faisant, le Hainaut conforte sa place de première province wallonne en termes d’activité immobilière (elle signe 10,8 % des transactions à l’échelle du pays), quoique talonnée de près par celle de Liège (9,8 %). Côté tarifs, les moyennes de prix offrent un bilan plus mitigé. Les maisons sont dans le vert, gagnant 2,9 % pour arriver à 143 127 euros, de même que les villas, qui se stabilisent à 260 593 euros (+ 0,4 %). A l’inverse, les appartements et les terrains à bâtir subissent un léger revers : leur prix moyen perd respectivement 2,8 et 1,6 % pour s’affaisser à 127 022 euros et 86,33 euros/m².

Cela étant, les terres hennuyères sont vastes et leur marché  » extrêmement contrasté « , mettent en garde les notaires.  » L’environnement n’est pas le même dans le Pays des Collines et le Pays Noir « , notent-ils encore. Il convient, dès lors, de ne pas s’arrêter aux moyennes provinciales et d’aborder le Hainaut plus en profondeur, suivant deux zones géographiques distinctes : d’une part son flanc oriental, qui correspond aux anciens arrondissements judiciaires de Mons et de Charleroi, de l’autre, son flanc occidental, qui reprend celui de Tournai, plus communément appelé Wallonie picarde.

Rénover pour mieux plaire

 » L’année 2015 s’est révélée être une bonne année, entame Sébastien Dupuis, notaire à La Louvière, lors de la présentation de l’analyse immobilière de la Chambre des notaires montois et carolorégiens. On a pu constater que la reprise était amorcée et que le marché s’était montré raisonnable.  »

Le prix moyen d’une maison a augmenté de 3,8 %, se hissant à 135 656 euros. Une valeur que les notaires décrivent néanmoins comme  » stable  » depuis 2011, quoi qu’en disent les courbes descendantes et ascendantes des récentes statistiques.  » Dans la pratique, nous ne notons ni augmentation, ni diminution conséquente par rapport à l’année dernière « , acquiesce Me Dupuis, en insistant sur le fait que la maison deux et trois façades est un bien phare dans la région, son succès allant toujours croissant.  » Le niveau de l’offre reste élevé, mais la population se montre plus intéressée qu’avant et le délai de mise en vente diminue « , assure-t-il.

D’après le notaire louviérois, le facteur clé en matière de prix est l’état général du bien.  » Les maisons en bon état trouvent acquéreur rapidement et à bon prix, à l’inverse de celles en mauvais état ou en état moyen « , précise-t-il. Et de souligner que le parc immobilier montois et carolorégien a  » grandement besoin de s’améliorer « .  » S’il y a quarante ans, on équipait les maisons de cuisines et de salles de bains confortables, aujourd’hui, il faut rénover et veiller à la performance énergétique de l’immeuble, soutient Sébastien Dupuis. Les candidats acquéreurs deviennent de plus en plus sensibles à cette problématique et un bien énergivore se négociera à la baisse.  »

En témoigne la passe difficile dans laquelle s’engluent nombre de maisons du centre-ville de Charleroi,  » fréquemment d’anciennes maisons dites bourgeoises, au bout du rouleau pour beaucoup, avec un revenu cadastral très élevé « . Ou, à Châtelet,  » les immeubles vétustes qui présentent de gros volumes « . Citons encore l’exemple de Pont-à-Celles, où les notaires observent une  » décote certaine des maisons nécessitant des travaux importants « .

La campagne séduit encore et toujours

Reste que certaines communes sont traditionnellement plus prisées que d’autres, leurs performances en termes de ventes étant pour beaucoup dans la hausse du prix moyen des maisons en Hainaut oriental. Ainsi des vertes entités de Le Roeulx (172 774 euros),  » qui se maintient en tant que pôle « chic » de la région du Centre « , Les Bons Villers (187 879 euros),  » très recherchée par les Bruxellois de par sa proximité avec le Brabant wallon « , mais aussi Montigny-le-Tilleul (190 750 euros), Ham-sur-Heure-Nalinnes (198 348 euros), Gerpinnes (199 208 euros), etc. Certaines franchissent même haut la main la barre des 200 000 euros, en moyenne toujours : Silly (235 928 euros), Jurbise (217 833 euros) et Seneffe (200 808 euros).

A l’autre extrémité du tableau, on retrouve les habituelles Colfontaine et Quaregnon, dont les prix moyens sont inférieurs à 100 000 euros, de même que Dour, Frameries et Charleroi, qui dépassent ce cap de peu. L’exemple de Roux, qui dépend de la commune de Charleroi, est à ce titre interpellant : sur une quarantaine de maisons vendues, sept ont été cédées à moins de 50 000 euros, la moins onéreuse étant partie à… 13 000 euros.

Quid des villas ? Elles affichent une fois de plus une santé de fer, leur valeur gonflant de 2 % en 2015, à 264 458 euros. Soit une moyenne  » fortement influencée  » par des transactions de taille réalisées à Braine-le-Comte, Enghien et Jurbise.  » Les belles villas se vendent à un prix élevé, précise Me Dupuis. Les gens cherchent de l’espace, du volume et des terrains agréables et bien orientés. Il y a un certain effet de rareté à ce sujet.  » Jusqu’à attirer des candidats acquéreurs issus de contrées plus lointaines, à l’image de Quiévrain, dont le prix des villas  » continue la hausse amorcée l’année précédente, intéressant souvent une clientèle française souhaitant investir en Belgique, dans une commune limitrophe de la France « .

Des appartements neufs plein les cartons

Les appartements constituent une petite frange du marché immobilier du Hainaut oriental, l’essentiel des ventes se concentrant dans les grandes villes, à Mons, Charleroi et La Louvière. S’ils essuient un recul de leur prix moyen de 2,7 % (121 769 euros), il est à imputer à une véritable chute libre des 3-chambres (- 5,8 %). Les 2-chambres font, eux, preuve de plus de stabilité (+ 0,1 %), tandis que la valeur moyenne des 1-chambre grimpe en flèche (+ 4,3 %). De même, les segments de l’ancien et du neuf connaissent des destins différents.  » La diminution de prix est extrêmement faible  » dans le cas du premier, les notaires concluant à  » une certaine stabilité du marché « , alors que le second est en plein boom.  » Les candidats acquéreurs sont à la recherche d’immeubles de qualité, peu énergivores, bien situés, dans un bel environnement, martèle Sébastien Dupuis. C’est ainsi que le centre de Charleroi est en perte de vitesse, dans la mesure où il y a de nombreux travaux et où les immeubles à appartements sont anciens, souvent en mauvais état et chers à entretenir.  » Mons et La Louvière sont mieux lotis, l’offre de biens neufs s’y étant développée en 2015. Les projets foisonnent aussi à Enghien et Le Roeulx, qui signent des augmentations de tarifs significatives : respectivement + 13 % et + 17,9 %, à 207 087 et 195 588 euros !

Enfin, le prix moyen d’un terrain à bâtir perd 2 % et se rattrape à 88,53 euros/m². Une baisse que les notaires montois et carolorégiens conseillent de prendre avec des pincettes.  » Dans certains cas, la totalité de la superficie d’un terrain n’est pas constructible, ou l’arrière se situe en zone agricole. Dans d’autres, en plein centre-ville, le bien est enclavé et peu attractif. Résultat, les prix s’en ressentent. Il est compliqué de tirer des statistiques fiables à ce niveau. « 

Par Frédérique Masquelier

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