Un pied de nez à la mort

De jeunes cancéreux optimistes sont les héros de Planta 4, film espagnol touchant et nourri d’une histoire vécue

Le cancer, Albert Espinoza l’a vaincu, même si le crabe lui a pris un poumon et une jambe, aujourd’hui remplacée par un membre artificiel. Son histoire d’enfant frappé par la maladie, et celle de ses copains d’hôpital, ce jeune homme affable les a racontées d’abord dans une pièce de théâtre, Los Pelones, jouée avec grand succès en Espagne et dont il cosigne aujourd’hui l’adaptation au cinéma. Réalisé par le toujours solide vétéran Antonio Mercero, Planta 4 (littéralement  » quatrième étage « ) nous plonge de façon saisissante et très émouvante dans l’univers d’un service hospitalier consacré aux jeunes cancéreux. Il se concentre surtout sur la vie quotidienne de trois copains, Miguel Angel, Izan et Dani, âgés d’une quinzaine d’années et que va bientôt rejoindre un autre garçon, Jorge. Examens, traitements, opérations, poses de prothèse : les actes médicaux rythment leur ordinaire, mais ce dernier s’enrichit d’évasions dans le sport (le basket-ball en fauteuil roulant), les visites des proches (pour ceux qui en bénéficient) et la prise clandestine de chemins de traverse menant à d’autres lieux de l’hôpital où la petite  » bande  » s’éclate en marge des règlements…

 » Si j’ai voulu raconter cette période de mon existence, explique Albert Espinoza, c’est pour témoigner du fait que, malgré la chimiothérapie, les amputations, la morphine, et la mort parfois, il y avait place pour l’amitié, la complicité, des moments de joie : même atteints du cancer, des gamins restent des gamins, avec les mêmes envies, les mêmes rêves.  » Egalement acteur dans sa pièce qui fut jouée durant deux années entières, le coscénariste de Planta 4 a participé de près à chaque étape du processus menant au film achevé… et même au-delà puisque c’est lui qui l’accompagne de pays en pays, au gré des sorties, pour rencontrer la presse locale et les spectateurs des avant-premières. Les jeunes interprètes, dans le choix desquels il eut aussi son mot à dire, sont en âge d’école et ont bien autre chose à faire.  » Pouvoir dire à tant de gens que j’ai survécu, leur montrer le film, dans des grandes salles où le public applaudit à la fin, c’est pour moi comme sortir définitivement de la petite chambre où j’ai passé de si longs mois de mon existence « , explique Espinoza, qui apprécie aussi certains paradoxes de sa trajectoire : sans le cancer, lui et ses amis ne se seraient probablement jamais rencontrés, et se retrouver confronté très jeune à sa mortalité lui a donné  » un goût de savourer les grandes et petites choses de la vie, les moindres instants de bonheur, avec un appétit sans aucun doute plus développé que la plupart d’entre nous « . Planta 4 exprime avec éloquence les sentiments de celui qui s’y raconte avec sincérité. A découvrir pour une leçon d’espoir bienvenue.

L.D.

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