Un phénomène inquiétant

Bien qu’il n’existe aucune statistique précise en la matière, on peut dire qu’il y a de plus en plus de jeunes et de femmes dans la rue. Une évolution constatée un peu partout en Europe. Dans sa dernière étude, l’Observatoire européen sur le sans-abrisme souligne :  » S’il y a une tendance à donner sur l’âge, elle concerne avant tout l’accroissement de la population jeune (…). On observe aussi un processus de féminisation en marche.  » Cette dernière évolution s’explique par les violences domestiques et par le nombre croissant de femmes immigrées.

L’ASBL bruxelloise Diogènes, qui rencontre les sans-abri dans la rue, constate que la proportion de dossiers ouverts pour des femmes a triplé en douze ans.  » C’est interpellant, reconnaît Laurent Demoulin de l’ASBL. Cette augmentation est en partie liée à l’engagement, en 2003, d’une médiatrice interculturelle qui s’occupe des Rom, souvent des femmes avec des enfants.  » Il ressort aussi de l’expérience des cellules psychiatriques mobiles que les cas de psychose sont proportionnellement plus fréquents chez les femmes SDF.

Quant aux jeunes, Lien Eeckelaers, assistante sociale à l’ASBL Groot Eiland, note que, sur les dix sans-abri qu’elle suit pour le moment, la moitié d’entre eux ont moins de 30 ans, et trois moins de 25 ans. En 2007, 31 personnes sont mortes à Bruxelles suite aux conditions vécues en rue. La moyenne d’âge était de 46 ans seulement. Le plus jeune avait 25 ans.  » Les causes des décès sont souvent semblables à celles observées dans l’ensemble de la population, sauf qu’elles se déclarent bien plus tôt chez les SDF « , explique Emilie Meessen, du collectif des morts de la rue à Bruxelles et de l’ASBL Infirmiers de rue (1).

 » Oui, il y a de plus de plus de jeunes dans la rue, affirme Ampelio Ghislain, président de l’ASBL La Maison du partage et éducateur-animateur dans une maison d’accueil, à Bruxelles. Il y a deux mois, nous n’avions que des jeunes entre 18 et 22 ans.  » Un certain nombre sortent de prison. Une fois libres, sans un sou en poche, ils se retrouvent sans toit.  » Selon moi, la plupart des jeunes sans-abri sont victimes de l’évolution sociale : des parents qui n’ont plus de moyens financiers, des familles recomposées à problèmes… Il n’existe aucun garde-fou pour les jeunes tout juste majeurs, chassés de chez eux par leurs parents.  » Sans parler des problèmes de logement à Bruxelles.

(1) www.infirmiersderue.be.

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici

Partner Content