Un peu d’orties dans nos vies

Laurence Van Ruymbeke
Laurence Van Ruymbeke Journaliste au Vif

Cette plante piquante, très riche en protéines, pourrait rendre de fiers services aux humains et aux animaux. A condition que les agriculteurs s’intéressent à cette surprenante  » mauvaise herbe « …

L’habit ne fait pas le moine. Même chez les plantes. Qui pourrait deviner que derrière les méchantes piqûres des feuilles d’orties se cache une merveille de légume, aux étonnantes propriétés ? L’ortie recèle quantité de protéines, de minéraux, de vitamines C, de zinc, de silice, de fer… Elle ne présente aucune toxicité, résiste aux maladies et écarte les pucerons. Christian Marche, directeur du CTA (Centre des technologies agronomiques) et ingénieur agronome spécialisé en nutrition animale, s’intéresse aux orties depuis vingt ans. Des recherches scientifiques d’autant plus justifiées lorsque le prix des protéines, lié à celui du soja, s’affole.  » L’idée de départ de ce projet consistait à trouver, en Belgique, d’autres sources de protéines issues d’une plante à laquelle personne ne s’était encore intéressé. Je me suis souvenu que mon grand-père, pendant la guerre, nourrissait ses cochons avec des orties. J’ai alors entrepris de  » domestiquer  » cette plante sauvage, méconnue mais très intéressante à bien des points de vue. « 

Au départ de 4 000 orties récoltées sur tout le territoire wallon, Christian Marche détermine 72 phénotypes différents. Les trois plantes les plus intéressantes sont retenues puis croisées entre elles pour obtenir le produit le plus adéquat possible en termes de culture. Les orties à repiquer désormais produites par la spin-off Agrofutur sont essentiellement vendues au Luxembourg et en France. En Belgique, il n’y a pas grand monde pour leur trouver de l’intérêt. Pourtant… Les recherches menées au CTA ont prouvé que les animaux (moutons, chiens, poules, chevaux, etc.) étaient attirés par les orties au point d’en manger volontiers (appétences) et qu’ils les digéraient aisément. Mais la plante est tellement riche qu’elle doit plutôt servir de complément alimentaire, à ingérer en petites quantités.

Vaste chantier

 » Mon objectif serait de produire le plus possible d’orties en Région wallonne et de créer un organisme qui reprenne la production pour en faire des produits finis différents en fonction de l’usage voulu : des pellets, du foin, du purin d’orties…, détaille Christian Marche. Je suis convaincu que la culture de l’ortie, qui ne doit pas être replantée chaque année et qui se fauche trois fois par an, peut être rentable. On peut, grâce à elle, gagner sa vie aussi bien qu’en cultivant des betteraves. A terme, on pourrait voir de petites surfaces de 3 à 4 hectares d’orties se développer en Région wallonne. « 

Olivier De Visscher, agronome de formation, a relevé le défi il y a six ans. Installé à Piétrain, il cultive des orties sur un petit terrain d’un demi- hectare. Son projet de départ consiste à créer et à maîtriser toute la filière de l’ortie bio, de la production à la commercialisation, en passant par la conception des produits à base d’orties. Aucune filière de ce genre n’existe aujourd’hui en Belgique. C’est dire si le chantier est vaste…

Actuellement, Olivier De Visscher fait fabriquer chaque année entre 4 000 et 5 000 bocaux de potage d’orties, de moutarde et d’houmous, distribués dans les supérettes bio, en vente directe et sur quelques marchés. Le succès financier n’est pas encore au rendez-vous. Mais, cette année, un important distributeur devrait prendre le relais, ce qui pourrait doper les ventes.

 » D’autres produits pourraient être lancés, comme par exemple un jus de légumes « , avance Olivier De Visscher. Le CTA est même parvenu à fabriquer une mayonnaise aux orties sans £ufs ! Sans parler des débouchés possibles en phytothérapie ou en cosmétique.

L’ortie, au goût proche de celui de l’épinard et à l’odeur si caractéristique, a donc de beaux jours devant elle. En Europe, le CTA fait £uvre de pionnier. Reste à convaincre que cette  » mauvaise herbe « , sous ses allures rébarbatives, est une vraie princesse…

LAURENCE VAN RUYMBEKE

Grâce à l’ortie, on peut gagner sa vie aussi bien qu’en cultivant

des betteraves

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