Un parfum de savon à Waterloo

Sous les pavés de la ville, des savons. La commune a compté jusqu’à onze savonneries sur son territoire. Pendant plus d’un siècle, la famille Laurent a dirigé l’une des plus prospères d’entre elles.

Au milieu du xixe siècle, Florian Laurent installe une fabrique de chandelles et de savons dans une dépendance de sa maison. Les élevages de bovins sont encore nombreux dans la région et c’est du suif qu’il tire l’essentiel de sa production.

L’entreprise est florissante. Les Laurent en profitent pour développer leur patrimoine immobilier et construisent deux grandes bâtisses bourgeoises mitoyennes, en plein c£ur de Waterloo.

A la mort du fondateur, en 1888, c’est sa veuve, Sylvie Wilmart, qui poursuit le développement de l’entreprise. La savonnerie est trop exiguë et mal située pour répondre à la demande, exponentielle. La famille rachète alors une société concurrente, installée rue de la Station, à quelques centaines de mètres de la gare.  » Les Savonneries de l’Abeille et Continentales réunies  » sont nées. Leurs produits s’exportent dans toute la Belgique.

Au début du xxe siècle, Fernand Laurent prend les commandes de la manufacture. A l’aventure industrielle, il ajoute l’empreinte philanthropique. Fervent catholique, il finance la création de l’école primaire Saint-Joseph, en 1916. Plus d’une centaine d’élèves se bousculent lors de la première rentrée des classes. Parmi eux, Joseph et Adrien, les deux fils de Fernand. Leur jeune frère Louis les rejoindra quelques années plus tard.

L’implication de la famille dans la vie de la commune grandit peu à peu. Fernand Laurent se présente aux élections communales. Il est très largement élu mais ne sera jamais bourgmestre : il meurt précocement.

Ses enfants sont trop jeunes pour reprendre l’affaire familiale. Sa veuve, Marguerite Pollart, s’installe aux commandes.

 » Les femmes n’étaient pas destinées à assumer la gestion d’une entreprise, raconte Adrienne Laurent, arrière-petite-fille du fondateur. A cette époque, la direction de la fabrique revenait au fils aîné de la fratrie. Pourtant, mon arrière-grand- mère et ma grand-mère ont toutes les deux assumé avec beaucoup de courage des charges auxquelles elles n’étaient pas préparées. C’est grâce à elles que la savonnerie a continué de prospérer. »

Le père d’Adrienne, Adrien Laurent, incarnera la troisième génération à la tête de la fabrique. Il développe de nouveaux produits : le  » savon aux £ufs frais  » et la savonnette  » la Congolaise  » viennent rajeunir la gamme et se retrouvent dans nombre de salles de bains, un peu partout en Belgique. En 1958, la maison Laurent connaît son heure de gloire en participant à l’Exposition universelle de Bruxelles.

Pourtant, ses plus belles années sont derrière elle. L’entreprise est restée artisanale : l’emballage des savonnettes se fait encore à la main. Elle ne résistera plus longtemps à la concurrence des grandes multinationales du savon qui débarquent en force sur le marché, dans les années 1960. Luc, le fils aîné d’Adrien, ne pourra pas empêcher la ferme-ture des établissements Laurent, en 1977.

Un quart de siècle plus tard, la grande maison familiale de la chaussée de Bruxelles a été transformée en agence bancaire. Le jardin, qui abrite de nombreuses espèces végétales remarquables, est venu agrandir le parc communal.  » Mon prénom et ceux de mes frères sont encore gravés sur un des arbres « , glisse Adrienne. L’usine sera prochainement détruite pour faire place à un immeuble d’habitation. De l’aventure industrielle de Waterloo, il ne reste plus aujourd’hui qu’une fragrance lointaine…

O.H.

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