Un Guide pour convaincre

Echevine, directrice, commise… Voici dix ans qu’un décret de la Communauté française impose la féminisation des noms de métier. Avec plus ou moins de succès

Faut-il dire la médecin, la médecine, la doctoresse ou la docteure ? C’est à ce type de questions que répond le nouveau Guide de féminisation des titres et fonctions du personnel de la Ville de Bruxelles . Cette initiative du collège des bourgmestre et échevins est la preuve que la féminisation du langage ne s’est pas tout à fait imposée, en dépit d’un décret de la Communauté française en vigueur depuis 1994. Voici pourquoi.

Le Vif/L’Express : La plupart des métiers sont-ils difficiles à féminiser ?

Patricia Niedzwiecki, auteure du Guide de féminisation des titres et fonctions : Non. Le terme de commise, par exemple, était déjà utilisé sous la forme du participe passé. Il est aussi anachronique de saluer  » Madame le sénateur, le ministre ou le juge « , depuis que les femmes ont investi en force les assemblées et de nombreuses professions. Mais comme le féminin des métiers ne se trouve pas nécessairement au dictionnaire, l’usage reste flottant. En cas de doute, les enseignants, par exemple, craignent de déroger à la  » règle du masculin qui l’emporte sur le féminin « .

A Paris, l’Académie française reste opposée à cette évolution.

Patricia Niedzwiecki : Historiquement, c’est elle qui a figé la langue française. Fondée au xviie siècle par Richelieu, cette institution a été chargée de rédiger un dictionnaire. Ses membres, des hommes, commencèrent à fixer la langue écrite. C’est la grande époque de la  » préciosité « . Désormais, tout écart par rapport à la norme est censuré. Les parlers régionaux en ont fait les frais. Et en linguistique, la femme est devenue… un homme. Pourtant, au Moyen Age, les femmes avaient exercé de nombreux métiers. Des mots anciens, tels que barbières-chirurgiennes, médecines ou brasseuses, en attestent. Tout se passe comme si, pendant les temps difficiles de guerres, la main-d’£uvre féminine était la bienvenue, alors qu’en période de prospérité, notamment à la Renaissance, le pouvoir est repassé aux mains des hommes.

Mais pourquoi s’obstiner à féminiser le langage ?

– Dans le cadre de la politique actuelle d’égalité des chances, il est important que les jeunes filles puissent s’identifier à des professions de prestige. Ce sera d’autant plus facile dès lors que les métiers dits masculins auront un équivalent féminin.

Dorothée Klein

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