Un espion en colère

Après la divulgation du statut d’informateur d’Abdelkader Belliraj, Alain Winants, patron de la Sûreté, prévient : gare à ceux qui  » transgressent les limites « .

D’où est partie la fuite ? Une enquête est ouverte au Comté de contrôle des services de police (Comité P). Fait rarissime : l’administrateur général de la Sûreté de l’Etat, Alain Winants, s’est constitué partie civile contre X pour violation du secret professionnel et infractions aux lois sur la classification. Tous les regards se tournent vers le Collège du renseignement et de la sécurité, présidé par le conseiller en sécurité du Premier ministre, Brice De Ruyver. Il regroupe la fine fleur des organes belges de sécurité : pas plus de 25 personnes. Qui a laissé filtrer la qualité de  » source  » du prisonnier marocain, Abdelkader Belliraj ? Celui-ci est suspecté d’avoir tué six personnes en Belgique et dirigé un réseau terroriste au Maroc.

Le Vif/L’Express : Pourquoi avez-vous réagi ?

E Alain Winants : Je ne peux pas laisser passer l’image totalement négative qu’on veut donner de nous. Des limites ont été dépassées : lancer les noms de personnes qui seraient éventuellement des sources de la Sûreté est totalement irresponsable. Sans accréditer l’idée qu’elles l’aient été ou non, c’était, par hypothèse, les mettre en danger et compromettre le travail et la réputation de notre service.

Le Collège du renseignement est-il visé ?

E Non, il s’agit de plaintes contre X. Ne font partie du Collège du renseignement que des personnes titulaires d’une habilitation de sécurité, avec qui des informations hautement classifiées peuvent être évoquées. Je ne peux pas concevoir que de telles discussions s’ébruitent dans la presse. Il faut que cela s’arrête !

Est-ce un effet de la  » guerre des services  » entre la Sûreté et la police judiciaire fédérale ?

E Je m’interroge sur la coïncidence entre cette affaire et le prochain débat, au Parlement, sur le projet de loi qui vise à permettre à la Sûreté de l’Etat d’utiliser des méthodes spéciales de recueil de renseignements, dont les écoutes téléphoniques ( NDLR : auxquelles peut déjà recourir la police judiciaire fédérale). Je me demande si certains n’ont pas un problème avec cela. Je conteste néanmoins qu’il y ait une  » guerre des services « . Sur le terrain, entre les personnes, l’entente est parfaite.

A propos de Belliraj, peut-on dire que la loyauté d’une source humaine est toujours sûre à 100 % ?

E Aucun service de renseignement n’est à l’abri d’une source qui jouerait un double ou un triple jeu. Et quand bien même ce serait le cas, cela ne veut pas encore dire que ses renseignements ne sont pas fiables. C’est plus subtil. La gestion des sources humaines est un métier qui s’apprend. On ne fait pas appel à une source sans avoir réalisé, au préalable, une étude de profil et sans l’avoir testée. Ensuite, elle est régulièrement contrôlée par au moins deux  » manipulateurs  » ou officiers traitants. Il y a toujours un agent qui couvre l’autre. Les renseignements sont recoupés au moyen d’autres sources humaines, de filatures, de sources ouvertes ( NDLR : informations accessibles au public) ou en provenance de nos correspondants étrangers.

Vos sources ne peuvent pas avoir de passé judiciaire. En revanche, qu’elles soient extrémistes, ou feignent de l’être, ne vous dérange pas…

E Il faut bien que ces personnes aient accès au milieu auquel nous nous intéressons. Je ne sais pas ce qu’il y a dans le dossier marocain, mais ici, en Belgique, je peux vous assurer que les règles ont été respectées.

Est-il normal que les services secrets marocains ne vous aient pas tenu au courant ?

E Les contacts entre services de renseignement sont essentiels dans notre métier. Dans ce dossier, je qualifierais leur absence d’étrange et d’inhabituelle. Par le passé, nous avons communiqué à nos homologues marocains des informations concernant des faits qui risquaient de se produire chez eux. Tout le monde a été surpris de découvrir l’affaire Belliraj dans les journaux.

Entretien : Marie-Cécile Royen

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