Un croisé contre Zapatero

Chaque jour, sur les ondes d’une radio de l’épiscopat, un journaliste pourfend la politique socialiste. Avec une outrance qui traduit les inquiétudes de l’Eglise ?

De notre correspondante

Bienvenue aux Matinées de la Copeà  » Il est 6 heures du matin et, déjà, Federico Jimenez Losantos fulmine au micro. Depuis l’arrivée au pouvoir des socialistes en Espagne, en mars 2004, son émission de radio s’est muée en tribune de l’opposition. Adulé ou détesté, le journaliste s’affiche en pourfendeur du gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero et des nationalismes basque et catalan, qu’il épingle jour après jour dans le quotidien conservateur El Mundo, sur Libertad digital, le journal Web qu’il a lancé, et surtout sur les ondes de la radio catholique Cope, deuxième du pays par son audience, et propriété, à 72 %, de la Conférence épiscopale espagnole.

Chaque matin, entre 6 et 12 heures, il rassemble plus de 1,6 million d’auditeurs, captivés ou horripilés par son ton d’imprécateur.  » Il a cette virulence qui manque parfois à l’opposition « , admire un responsable du Parti populaire (droite). Ennemi de la demi-mesure et de la nuance, Losantos, conspue, appelle à la démission et n’hésite pas à traiter d’analphabète, d’incapable, d’escroc ou de débile mental le responsable socialiste qui lui tombe sous la main. Jour après jour, il part en croisade contre les grands chantiers du gouvernement Zapatero, qu’il s’agisse de négocier au Pays basque, de légaliser le mariage gay, de réformer l’éducation ou de rédiger le nouveau statut de la Catalogne.  » Le gouvernement espagnol parle seulement avec les terroristes, les homosexuels et les Catalans. Quand va-t-il se décider à parler avec des gens normaux ?  » s’insurge-t-il à l’antenne.

Y aurait-il une relation entre cette virulence et les inquiétudes exprimées par la hiérarchie ecclésiastique espagnole, en conflit ouvert avec Zapatero sur les questions d’enseignement de la religion ou de financement de l’Eglise, notamment ? Nombre de catholiques sont gênés par ces incitations quotidiennes à la haine.  » Ce qui nous préoccupe, c’est moins l’attitude d’un journaliste que celle de l’Eglise, dit Fernando Abados, directeur du mensuel catholique RS 21, qui ouvre ses colonnes aux débats de société. Comment peut-elle accepter que l’on s’exprime de cette façon sur ses ondes ?  » Les fidèles de Losantos, eux, ne se posent pas tant de questions : s’il est critiqué, pensent-ils, c’est tout simplement parce qu’il dit la vérité. l

Cécile Thibaud

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