Un conservateur après Danneels ?

Olivier Rogeau
Olivier Rogeau Journaliste au Vif

Le pape désignera, d’ici à la Noël, le successeur de Mgr Danneels à la tête de l’Eglise catholique belge. Rome a déjà reçu la terna, la liste des trois nominés. Parmi les favoris des pronostics figurent des évêques francophones en phase avec l’aile conservatrice de la curie.

Plus que quelques semaines de suspense. On devrait connaître, avant la fin de l’année, le nom du successeur de Mgr Danneels à la tête de l’Eglise catholique de Belgique. Après enquête, le nonce apostolique, ambassadeur du Saint-Siège à Bruxelles, a établi une liste de trois noms possibles. Il a envoyé cette short list, appelée la terna, à la Congrégation des évêques, sise à Rome, qui doit remettre un rapport au pape.  » Au passage, la Congrégation des évêques peut modifier la composition du trio proposé ou même rajouter un nom à la liste « , précise l’abbé Eric de Beukelaer, porte-parole des évêques de Belgique. Puis Benoît XVI choisira lui-même le nouvel archevêque de Malines-Bruxelles. De l’avis général, la canonisation du père Damien, le 11 octobre dernier, a été le cadeau d’adieu du Vatican à Danneels. Lui-même ne cache pas son souhait de passer la main, un an et demi après avoir présenté sa démission au pape. Dès lors, les supputations sur le nom du futur primat de Belgique refont surface avec une vigueur renouvelée.

Si les responsables de la communication, au sein de l’Eglise, se refusent à tout pronostic, le nom du nouvel évêque d’Anvers, Mgr Johan Bonny, 54 ans, circule beaucoup dans les hautes sphères catholiques. Réputé loyal envers la hiérarchie vaticane, cet ex-recteur du Collège belge de Rome aurait été  » bombardé  » évêque pour faciliter son accession à l’archiépiscopat, glissent certains. Mais d’autres jugent que son  » jeune  » âge est un handicap. En Flandre, ceux qui voyaient naguère en Mgr Léonard, évêque de Namur, le favori du pape croient savoir que l’évêque de Gand, Luc Van Looy, 68 ans, tient aujourd’hui la corde. Ancien haut responsable des Salésiens de Don Bosco à Rome, il est considéré comme un proche d’un autre salésien, le très influent cardinal Bertone, secrétaire d’Etat du Saint-Siège.

Flamand lui aussi, Mgr Jozef De Kesel garderait toutes ses chances. L’évêque auxiliaire de Bruxelles est réputé  » homme d’ouverture  » et fait un parcours sans faute. Reste que, selon le principe de l’alternance linguistique, le successeur de Danneels devrait être un francophone. Le patron actuel de l’Eglise belge soutient toutefois que cette alternance n’est pas un dogme. Et certains, dans l’Eglise, laissent entendre qu’en Flandre beaucoup verraient d’un mauvais £il qu’un francophone devienne archevêque de Malines-Bruxelles. Pour autant, les noms de Mgr André-Mutien Léonard, évêque de Namur, 69 ans, et de Mgr Guy Harpigny, évêque de Tournai, 61 ans, resteraient des concurrents sérieux dans la  » course  » à la succession.

Les deux évêques partagent les idées conservatrices chères à Benoît XVI, mais ils se sont fait beaucoup d’ennemis dans leur diocèse respectif. On pointe du doigt, en Hainaut, le  » caractère exécrable  » de Harpigny et sa difficulté à travailler en équipe. Quant à l’élévation de Léonard à l’archiépiscopat, elle risque de provoquer de vives réactions d’hostilité au sein de l’Eglise belge, menacée de se retrouver plus déchirée que jamais. Connu pour son attitude autoritaire et provocatrice, l’évêque a attiré dans son diocèse des communautés charismatiques et conservatrices (communauté des Béatitudes, Chemin néo-catéchuménal…), troupes de choc de la  » nouvelle évangélisation « . Il a appelé l’Eglise à cesser d’être un  » maillon faible « . Mais, surtout, ses propos sur l’homosexualité (qu’il juge  » contre nature « ), l’avortement, l’euthanasie et la prétendue inefficacité du préservatif comme moyen de protection contre le virus du sida embarrassent ou indignent un grand nombre de fidèles.

Cela fait encore beaucoup d' » archiépiscopables « , à quelques encablures du choix papal. Les responsables de la communication de l’Eglise catholique, eux, se refusent à tout pronostic, laissant entendre que le jeu reste ouvert.  » Une certitude, signale Tommy Scholtès, directeur de l’agence Cathobel : même si Mgr Danneels quitte l’archevêché de Malines-Bruxelles, il restera cardinal et pourra participer à un éventuel conclave jusqu’à ses 80 ans, tandis que son successeur ne sera pas, dans l’immédiat, appelé à faire partie du Sacré Collège, l’assemblée des cardinaux . »  » On ne peut pas m’enlever tout !  » s’exclame Godfried Danneels. Autre assurance, donnée par le  » sortant  » : il n’y aura pas de  » testament Danneels « . Ce dernier ne se voit pas en  » belle-mère  » du nouveau primat de Belgique.  » Le cardinal Suenens, mon prédécesseur, n’a jamais influencé ma façon de penser. C’est l’exemple à suivre. « 

Mgr Danneels a la réputation d’être un modéré. Sous son  » règne « , la haute hiérarchie catholique belge a montré davantage d’ouverture qu’ailleurs en Europe, notamment en France, en Espagne ou en Italie. L’Eglise de Belgique n’a pas cherché à faire obstacle, par exemple, à la loi sur l’euthanasie. Certes, les évêques belges ont parfois exprimé leur désapprobation vis-à-vis de l’une ou l’autre décision politique, mais toujours en y mettant les formes. Alors, une fois Danneels parti, l’exception belge perdurera-t-elle ? Ou va-t-on assister à l’arrivée d’une Eglise plus dogmatique et  » offensive  » ? De nombreux observateurs font remarquer qu’une telle attitude s’accommoderait mal du tempérament belge, caractérisé par le sens du compromis.

Danneels lui-même craint-il un raidissement de l’Eglise belge si le pape désigne un successeur plus conservateur que lui, en phase avec l’aile réactionnaire de la curie ?  » L’archevêque est un pontifex, répond-il au Vif/L’Express : il jette des ponts et doit préserver l’unité de l’Eglise. Suenens, toujours lui, se disait « ni de gauche, ni de droite, mais de l’extrême centre ». Pour le primat de Belgique, c’est sans aucun doute la position la plus intelligente.  »

OLIVIER ROGEAU

 » Ni de gauche, ni de droite, mais d’extrême centre « (Cardinal Suenens)

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