Un château et des croix

Un merveilleux château – celui d’Argenteuil – et une famille qui a laissé de nombreuses traces de son attachement à l’Eglise : d’hier à aujourd’hui, les Meeûs ont durablement marqué cette région du Brabant wallon.

Des yeux gris, pétillants de malice, derrière des lunettes ovales cerclées de fer. Un homme de 1,60 mètre, décrit comme autoritaire, hautain et audacieux, avec un don tout particulier pour se faire des ennemis : on a dit de Ferdinand de Meeûs qu’il incarnait la puissance et la gloire.

Gouverneur de la Société Générale de Belgique à 32 ans, devenu comte en 1936, il représentait le pouvoir financier le plus colossal du pays. Depuis lors, il demeure, également, celui qui donna son éclat au château d’Argenteuil. Argenteuil, un nom que ses nombreux descendants eurent l’autorisation d’accoler au leur, dès 1837.

Derrière cette façade officielle, on oublie parfois de souligner à quel point Ferdinand, son épouse et certains de leurs descendants marquèrent le Brabant wallon en y laissant des traces de leur foi chrétienne : ils ont fait construire des églises, des chapelles, des couvents et des écoles et ont créé, ou soutenu, diverses £uvres catholiques. Près de deux siècles plus tard, alors que le château d’Argenteuil n’appartient plus aux Meeûs depuis longtemps, les croix de ces bâtiments sont, elles, toujours debout.

Comme le détaille Eric Meuwissen dans son livre (1), le châtelain d’Argenteuil était issu d’une des familles à la charnière du monde du négoce et de la banque : des bourgeois fortunés, l’élite financière de la capitale. Ils n’hésitèrent pas à se lancer dans des entreprises industrielles audacieuses, comme celle de la Sucrerie de Waterloo.

Ferdinand avait épousé Anne, sa cousine. Ensemble, ils eurent 11 enfants.  » Au départ, ils venaient à Argenteuil avec eux pour les vacances « , raconte André de Meeûs, un de leurs descendants qui vit, avec son épouse, dans une petite maison débordante de livres et de recueils historiques, à La Hulpe.

Le château, bâti par le gouverneur, devait son nom à la rivière Argen- tine, qui traverse le domaine. Dans  » ce morceau de l’antique forêt de Soignes, Ferdinand de Meeûs fit édifier un premier puis un second château, qui passait pour une splendeur architecturale et un des plus beaux édifices civils de Belgique « , précise Eric Meuwissen. De l’incendie qui détruisit la première construction, on ne sauva rien, sinon le plus important, précise quand même André de Meeûs : la chapelle contenait les reliques de saint Eusebien – un cadeau du pape – qui échappèrent aux flammes. Elles sont désormais conservées à l’église Notre-Dame d’Argenteuil, à Ohain.

Pour la guérison d’Idalie, on construisit l’église de fer

 » Lorsqu’Idalie, la petite-fille de Ferdinand et de Anne, tomba malade, toute la famille pria pour elle dans la chapelle du nouveau château, poursuit André de Meeûs. Ferdinand décida alors que si l’enfant guérissait, il ferait édifier une chapelle. « 

C’est ainsi que naquit l’église de Notre-Dame d’Argenteuil, également appelée église de fer. Sa construction débuta en 1861. Le comte de Meeûs décéda avant d’avoir pu admirer l’intérieur des lieux, précise son descendant. Erigée des années avant la tour Eiffel, l’église était considérée comme une première mondiale et une merveille.  » Hélas, le fer et la fonte, insérés dans la brique, ont posé de graves problèmes de rouille et d’humidité quelques dizaines d’années plus tard. L’hiver, on y gelait. L’été, il y faisait insupportablement chaud : les gens s’évanouissaient !  » déplore André de Meeûs.

Après avoir vécu dans l’ombre de son glorieux époux, Anne révéla ses capacités à tout régenter au décès de celui-ci.  » C’était une femme de tête, remarque son descendant. Elle prit la décision testamentaire de confier le château à Henriette, la plus jeune de ses filles. Cette dernière héritait aussi de tout ce que contenait le domaine et de son immense parc. Henriette était également chargée de s’occuper de l’église de fer et du couvent édifié par ses parents, et devait recevoir ses neveux et nièces au château.  » Comme dans toutes les bonnes familles, l’énormité de cet héritage fit grincer quelques dents…

En souvenir de sa mère, Henriette fonda la Chapelle Saint-Anne, à Waterloo, avec son couvent et son école. Mais elle ne fut pas la seule enfant du couple de philanthropes à manifester son attachement à la foi catholique. Ainsi, par exemple, son frère Eugène créa l’église Notre-Dame, à La Hulpe, et Anna, fille aînée du couple, fut, elle, l’initiatrice de nombreux couvents en dehors du Brabant wallon. A la troisième génération, Joseph, deuxième du nom, laissa, lui aussi, une église.

En quelques générations, les Meeûs perdirent le château d’Argenteuil. Désormais, écrit Eric Meuwissen, cette famille ne possède plus rien de la propriété initiale, complètement morcelée, sinon un superbe mausolée dans les fondations de l’église qui remplaça la célèbre église de fer. Il contient un vaste caveau de famille, qui passe pour l’un des plus grands de Belgique. Une fois par an, les nombreux descendants de Ferdinand et de Anne, regroupés dans l’Association familiale la plus ancienne de Belgique, s’y réunissent. De fait, pour se retrouver rituellement et honorer la mémoire de leurs ancêtres, y aurait-il eu, pour les Meeûs, un lieu plus indiqué qu’auprès d’une croix ?

(1) D’après Argenteuil, le domaine  » des  » Rois, Eric Meuwissen, Collection Waterloo et son histoire.

(D’après Eric Meuwissen)

P.G.

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