Un baume de capucines

Laurence Van Ruymbeke
Laurence Van Ruymbeke Journaliste au Vif

La première épicerie sociale du pays permet temporairement à une clientèle défavorisée de faire ses emplettes à moindre coût. Et de reprendre pied

Curieuses, ces étiquettes : elles affichent deux prix ! D’un côté, le tarif habituel du produit à vendre. De l’autre, le prix maison, nettement réduit. Ici, dans cette boutique particulière logée dans le quartier bruxellois des Marolles, et joliment appelée Les Capucines, la boîte de couscous se vend à 40 centimes d’euro, le paquet de 40 langes est à 1,10 euro et les pommes à 40 centimes pour 6. Soit, globalement, des prix inférieurs de 80 % aux tarifs habituels des grandes surfaces. Les Capucines n’ont donc rien d’un magasin ordinaire. D’ailleurs, pour y entrer, il faut montrer patte blanche. Les 23 familles qui s’y approvisionnent actuellement disposent d’une carte qui atteste de leur situation socio-économique précaire, validée par l’un ou l’autre organisme d’accompagnement social local. Une quarantaine de nouvelles familles devraient rapidement rejoindre les premières. D’ici à la fin de l’année, elles devraient être 250. Il est vrai que le quartier des Marolles ne manque pas de clients potentiels : parmi ses 10000 habitants, la moitié sont des allocataires sociaux (revenus d’intégration, allocations de chômage, petites pensions, etc.), qui consacrent, en moyenne, 50 % de leur budget à des achats alimentaires.

D’où ce projet d’épicerie sociale, mis sur pied par le Centre marollien de formation par le travail. Son principe : offrir une gamme étendue de produits de consommation courante (alimentation, produits d’hygiène, fruits et légumes), à des prix fortement réduits. La carte d’accès à la boutique, éventuellement renouvelable, est valable six mois.  » Notre objectif n’est pas de fidéliser notre clientèle, explique Caroline Debelle, coordinatrice du projet, mais de permettre aux habitants du quartier de souffler un peu financièrement ou d’apurer leurs dettes grâce aux économies réalisées.  »

Chaque ménage titulaire d’une carte se voit fixer un montant de dépenses maximum par semaine, soit 4 euros par adulte et 3 euros par enfant. Les fruits et légumes ne sont toutefois pas comptabilisés dans ce budget, de manière à favoriser leur consommation. Les produits sont tous marqués d’un cachet  » non remboursable  » pour éviter qu’ils ne soient revendus au prix fort et en fraude, dans d’autres magasins, en échange d’argent liquide.

But : sortir de la précarité

A l’exception des fruits et légumes, des produits d’hygiène et de ceux qui ont servi à la confection de dépliants publicitaires, offerts, tous les autres produits sont achetés chez Carrefour, à 10 % de leur prix. Le distributeur écoule ainsi des produits dont l’emballage de transport a été endommagé et qui ne sont plus envoyés vers les magasins afin d’y éviter des pertes de temps en manutention.  » Les recettes des ventes aux Capucines doivent permettre, non pas d’enregistrer un bénéfice, mais de réaliser une opération blanche « , explique Geneviève Bruynseels, porte-parole de Carrefour.

Judicieusement choisis par la responsable de l’épicerie, les biens de consommation qui y sont mis en vente sont impeccables : aucune boîte de conserve cabossée ne trône sur les rayons. Carrefour fournit également la caisse enregistreuse, les rayons et les équipements du magasin.

Lancé en France, à la fin des années 1990, le concept répond manifestement à un besoin. Sept épiceries sociales ont ouvert leurs portes dans l’Hexagone et 5 nouveaux projets sont annoncés pour la Belgique. Le Centre marollien de formation par le travail formera aussi de futurs caissiers ou magasiniers, qui pourraient être ultérieurement engagés chez Carrefour. Une façon d’aider certains à sortir de la précarité.

 » Nos clients ne considèrent d’ailleurs pas qu’ils fréquentent  » un magasin pour pauvres « , affirme Caroline Debelle, parce qu’ils paient leurs achats et parce qu’ils ont le choix. Il leur est beaucoup plus difficile d’accepter les colis gratuits de la Banque alimentaire, dont le contenu leur est imposé.  »

 » Prévoir un magasin pour nous n’est pas une mauvaise chose, embraie une cliente. En venant faire mes achats ici, je parviendrai peut-être à payer les voyages scolaires de mes deux enfants. Le pire serait de rester longtemps dans cette situation de difficultés financières.  »

Laurence van Ruymbeke

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