Christian Makarian © Eric Garault

Trump vs Kim : nouveau round

En décidant d’annuler le sommet entre les Etats-Unis et la Corée du Nord, prévu à Singapour, Donald Trump a endossé la responsabilité d’une rupture de négociations sur l’arsenal nucléaire du régime de Pyongyang. Loin de donner l’impression de frapper du poing sur la table en brisant net l’ébauche de processus de dialogue, le président américain a ainsi montré, face à un régime dictatorial insensible à ce genre d’affront, qu’il avait beaucoup de mal à mener à son terme la grande opération de communication dont il rêvait. Qu’à cela ne tienne ! Grâce à Twitter, le même Trump vire de bord aussi sec et envisage de nouveau de rencontrer Kim Jong-un…

Du côté de Pyongyang, nul doute que l’alternance du chaud et du froid correspond à la tactique habituelle d’un régime qui n’est absolument pas prêt à renoncer à la garantie de survie que représente à ses yeux une panoplie nucléaire qui se veut la plus menaçante possible. Durant quelques semaines, Kim Jong-un a multiplié les sourires et affiché un désir de dialogue en capitalisant surtout sur le rapprochement avec la Corée du Sud, manoeuvre qui a mobilisé sa base idéologique intérieure et offert une respiration dans ses relations avec Séoul.

Opération réussie, donc, à l’inverse de Donald Trump. Pyongyang n’a cessé de demander la continuation du dialogue avec les Etats-Unis, en renvoyant Trump à ses propres incohérences.

Au passage, Kim a atténué son image d’affreux et tracé un chemin vers la Corée du Sud, voisin naturel dont il attend des retombées économiques – un peu moins de blocus et un peu plus d’échanges. Surtout, le dirigeant nord-coréen s’est attaché à découpler l’idée de réunification de la péninsule de Corée de celle de dénucléarisation de la Corée du Nord, exigée par l’administration Trump. Le premier objectif est très populaire en Asie et peut marquer une différenciation entre les intérêts de Séoul et ceux de Washington, le second renvoie à un bras de fer ininterrompu entre les Nord-Coréens et les Américains.

Le point qui concerne la Corée du Sud est essentiel. En exigeant la dénucléarisation  » complète, vérifiable et irréversible  » de la Corée du Nord, Washington a mal anticipé la riposte de Kim Jong-un ; en échange de cette concession de taille, ce dernier réclame le démantèlement du parapluie nucléaire américain qui protège la Corée du Sud – mais aussi le Japon – ainsi que le retrait complet des forces américaines présentes en Corée du Sud (soit près de 24 000 hommes et un potentiel aérien considérable). Un grand Kriegsspiel, que les Etats-Unis ne risquent pas d’accepter.

Moyennant quoi, le régime de Pyongyang gagne encore un peu de temps dans la conservation de son arsenal et renvoie la balle à son adversaire.

D’autant que des responsables américains du plus haut rang ont dérapé. Le faucon John Bolton, conseiller à la sécurité nationale, a eu l’indélicatesse de comparer la dénucléarisation qui devrait s’appliquer à la Corée du Nord à celle que connut la Libye sous Kadhafi, parallèle qui laisse imaginer un avenir peu prometteur pour Kim Jong-un.

Le vice-président, Mike Pence, est allé encore plus loin en promettant à Kim une fin similaire à celle du tyran libyen.

Or, Kim Jong-un a bien pris soin de ménager Trump lui-même et de laisser les négociations entre les experts des deux camps se poursuivre : il a feint la déception après l’annulation de la rencontre programmée à Singapour et gardé ouvert le dialogue avec les Etats-Unis. De quoi éviter un durcissement supplémentaire des sanctions américaines.

Soyons sûrs qu’il y aura encore des rebondissements… On a rarement autant tenté de négocier en menaçant de cesser de négocier.

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