Toujours l’attente…

Faiblesse du dollar, dépression boursière, signaux prudents des entreprises: 2003 a démarré sur le même mode que 2002 s’est achevé. En faisant triste mine. Et en attendant le déclenchement de la guerre avec l’Irak.

Faiblesse du dollar, dépression boursière, signaux prudents des entreprises: 2003 a démarré sur le même mode que 2002 s’est achevé. En faisant triste mine. Et en attendant le déclenchement de la guerre avec l’Irak.

La possibilité d’un conflit en Irak et la dépréciation du dollar américain par rapport aux autres grandes devises ont été les faits marquants de janvier. Sur douze mois, le billet vert aura perdu quelque 20% face à l’euro et 10% face au yen, une tendance lourde de conséquences pour l’ensemble de l’économie mondiale.

Pour les Etats-Unis tout d’abord. Leur déficit de la balance courante (solde entre importations et exportations, et investissements hors et vers les Etats-Unis) reste proche des sommets atteints récemment et les dépenses publiques mettent à mal les finances de l’Etat. Les autorités américaines doivent donc se financer et, pour ce faire, attirer dans le pays l’épargne des étrangers. Seulement voilà, elles concurrenceront sur le marché de la dette les sociétés américaines, elles aussi friandes d’investissements étrangers. Or, vu ce besoin croissant en capitaux et l’appétit pour l’instant limité des investisseurs pour des actifs libellés en dollar, les émetteurs risquent de devoir offrir des rendements plus élevés. Dans ces conditions, on peut se demander si les sociétés américaines seront en mesure de profiter de la dernière baisse des taux consentie par Alan Greenspan, le président de la Fed, et ses pairs.

Mais la baisse du dollar aura aussi un impact important ailleurs, notamment au Japon et en Allemagne, respectivement 2e et 3e économies mondiales, qui ne tournent actuellement que grâce aux exportations. En effet, l’appréciation relative de leurs monnaies pourrait peser lourd sur leur compétitivité.

La tension sur les marchés et au niveau géopolitique restant de mise, nombreux sont les investisseurs qui cherchent refuge dans l’or, qui a atteint les niveaux les plus élevés depuis six ans. Or l’actuel cours du métal jaune nous semble avant tout lié à l’imminence d’une guerre en Irak et nous pensons donc qu’il devrait perdre une partie de ses gains dès la dissipation des tensions. L’intérêt d’un tel placement nous semble donc tout relatif, d’autant plus que d’autres investissements nous semblent injustement délaissés. C’est notamment le cas des investissements en dollar canadien. Si la devise du pays de l’érable continue de creuser sa sous-évaluation en suivant à la baisse son grand frère américain, l’économie se porte quant à elle admirablement bien si l’on tient compte du contexte international difficile. Soutenue actuellement par une demande intérieure toujours fringante, elle est en outre très bien placée pour profiter du rebond tant attendu de l’économie américaine.

La baisse des taux à court terme (actuellement autour de 2,70%) n’a pas eu beaucoup d’influence, dans l’immédiat du moins, sur les conditions des comptes d’épargne. Au contraire, le regain d’intérêt qu’ont connu auprès des investisseurs ces produits sans risque ont poussé les banques à rivaliser de générosité. En apparence du moins, car les fameuses formules « 2+2 » sont généralement limitées dans le temps. Par ailleurs, après un diagnostic difficile à établir tant les conditions d’octroi des primes sont complexes – nous ne parlerons même pas de la problématique des dates valeur -, il apparaît que « 2+2 » font rarement 4!

Les banques se plaisent à complexifier un produit aussi populaire que le compte d’épargne. Ce qui n’est certainement pas dans l’intérêt du consommateur.

Les taux à long terme ont encore baissé. Le rendement de l’emprunt d’Etat belge à 10 ans valait fin janvier 4,25% environ, contre 4,35% un mois plus tôt. Les bons de caisse ont évidemment réagi à la baisse. A tel point que, hormis quelques institutions qui proposent des conditions supérieures à la moyenne, il n’est plus intéressant d’y investir pour le moment. L’investisseur qui ne recherche pas à tout prix un placement anonyme préférera les comptes d’épargne. Les meilleurs d’entre eux dépassent pour le moment les meilleurs bons de caisse, mais leur taux n’est pas garanti. Quoi qu’il en soit, les taux étant actuellement bas, mieux vaut ne pas s’engager sur de trop longues périodes.

En Bourse, ceux qui croyaient encore au fameux « effet janvier » ont été sévèrement déçus cette année. Les pertes enregistrées en ce début d’année 2003 sont lourdes : jusqu’à environ 9% sur les Bourses occidentales. Les placements en Bourse de New York ont en outre souffert de la baisse du billet vert. Ces mouvements sont bien entendu le reflet des craintes de plus en plus aiguës de conflit armé au Moyen-Orient avec toutes les conséquences négatives que cela entraîne pour l’économie mondiale, qui a déjà tant de mal à repartir du bon pied : nouvelle perte de confiance des investisseurs, hausse de l’inflation, marge de manoeuvre encore plus réduite pour les autorités monétaires, alourdissement du déficit budgétaire pour les Etats-Unis et les pays qui les suivront dans l’opération…

C’est dans ce contexte négatif que sont sortis les premiers résultats 2002. A quelques exceptions près, ils n’ont pas déçu, correspondant aux précédents avertissements sur bénéfices. Mais là où le bât blesse, c’est au niveau des attentes pour 2003. Le premier trimestre s’annonce d’ores et déjà mauvais et la visibilité des entreprises est fort réduite.

Les analystes revoient donc dans beaucoup de cas leurs prévisions à la baisse. A noter, parmi les publications les plus fracassantes, la perte abyssale enregistrée par AOL Time Warner (près de 100 milliards de dollars en 2002). Et le groupe envisage de se défaire de ses publications, avouant ainsi l’échec d’une des fusions les plus spectaculaires de l’histoire.

Sur un an, les pertes des Bourses s’élèvent entre -20 et – 40 %, les petites Bourses s’en étant généralement mieux sorties que les grandes. Malgré cette chute spectaculaire, les Bourses ne sont pas encore particulièrement bon marché. Dans un contexte économique qui ne montre toujours pas de franche amélioration, les perspectives bénéficiaires ont en effet été revues en conséquence. Il est dès lors logique de vouloir payer beaucoup moins pour des sociétés qui auparavant offraient des perspectives nettement plus alléchantes.

Euronext Bruxelles, Londres et Sydney restent pour l’instant les plus attrayantes en termes de valorisation.

Plus étonnante à première vue est l’évolution des valeurs pétrolières. On pourrait en effet penser que les tensions au Moyen-Orient et la forte hausse du prix du baril qui s’ensuit auraient été de nature à faire monter leurs cours. En réalité, l’explosion du brut réduit fortement les marges dans le raffinage. En outre, plusieurs compagnies ont revu leurs objectifs de production à la baisse et, en cas de nouvelle récession économique, si le conflit s’avère plus long que prévu, la demande et le prix du pétrole reflueront.

L’investissement en Bourse reste donc plus délicat que jamais et s’il y a certainement des affaires à faire, elles ne sont pas aussi nombreuses qu’on pourrait l’imaginer. La plus haute sélectivité reste de rigueur!

Budget Hebdo

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