Toujours curieux des autres

Louis Danvers
Louis Danvers Journaliste cinéma

Le travail exemplaire de Manu Bonmariage, cinéaste et documentariste au regard solidaire, fait aujourd’hui l’objet d’un indispensable coffret DVD.

Les gens et le monde méritent d’être regardés de plus près.  » La phrase sonne comme une devise, et justifie la démarche attentive, généreuse, de ce remarquable cinéaste qu’est Manu Bonmariage. Celui qui peut être considéré comme le père spirituel de l’émission Strip-tease a réalisé une cinquantaine de documentaires depuis Du beurre dans les tartines (1980), plongée marquante dans la réalité du déclin économique wallon, vu dans le microcosme d’une entreprise en voie de restructuration. L’approche ouverte, sans a priori, du natif de Chevron (dans la région liégeoise) s’y manifestait d’emblée, avant de le conduire vers une foule de sujets très divers en apparence mais reliés par un vrai sens de la réalité sociale, une volonté de donner la parole et l’image à ceux et celles qui, le plus souvent, s’en retrouvent exclus.

Le beau coffret DVD – premier d’une série – qui paraît ces jours-ci rend justice au cinéma pertinent, percutant, solidaire, de celui qui, enfant, perdit l’usage d’un £il, et entendit dès lors  » utiliser celui qui restait à voir autant de choses possibles, avec une curiosité toujours aux aguets « . Les deux DVD réunissent quatre films parmi les meilleurs de Bonmariage, quatre £uvres aussi singulières qui balisent, par leur rapprochement, le registre étendu où peut évoluer la caméra du réalisateur belge. Baria et le grand mariage (sur les épousailles arrangées et forcées d’une jeune Marseillaise d’origine comorienne), Les Amants d’assises (double portrait d’un couple d’amants criminels faisant face à la justice, à la prison) et le tout récent Ainsi soit-il (qui suit un curé qui doit abandonner l’église catholique pour pouvoir se marier) exposent bien la méthode de celui qui ne veut pas voir la morale envahir son travail et dont la caméra n’est  » jamais accusatrice « . Même si son point de vue critique et ses sympathies seront perceptibles à qui sait regarder.

Mais c’est Allô police (1987), film réalisé  » dans une certaine urgence « , qui est au fond le plus révélateur. Manu Bonmariage nous y fait découvrir, sur les pas de policiers de Charleroi, le désarroi d’une population déshéritée que les conditions socio-économiques mènent vers une crise existentielle, à laquelle des représentants de la loi un peu dépassés ne peuvent apporter de claire réponse. Sommet du documentaire citoyen, ce film est accompagné comme les trois autres de suppléments éclairants toujours, émouvants parfois, où l’on apprend, entre autres, ce qu’il est advenu ensuite de certains personnages. Une somme cinématographique et humaine, à redécouvrir absolument.

Louis Danvers

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