« Touche pas à mon prof! »

Avec ses slogans limpides, l’ASBL Promojeunes parcourt les écoles de Bruxelles et des grandes villes wallonnes. Son but : évoquer la violence à l’école là où elle prend racine. Echos d’un matin de campagne

Hé les gars, j’ai vu, c’est un truc de basket, c’est marqué sur l’affiche !  » ;  » Ben non, c’est pour la sécurité routière, y’a un sens interdit  » ;  » Mais alors pourquoi y’a un panneau avec un pigeon ?  » Ou serait-ce une colombe ?… Il y a ce matin un vent d’euphorie à l’école Pré aux Agneaux, à Auderghem. Les 75 enfants de 4e, 5e et 6e primaires se demandent pourquoi on les a fait s’asseoir dans leur réfectoire aux relents de café froid et de soupe un peu sure. Le silence s’impose petit à petit quand une des responsables de Promobasket-Promojeunes, une ASBL bruxelloise de service à la jeunesse, prend la parole. Pendant une demi-heure, elle explique à l’assemblée les grandes lignes de la campagne  » 50 minutes pour l’école et contre l’intolérance « , les ateliers de la matinée et les 4 mains qui résument le message que l’association veut faire passer :  » Touche pas à mon prof ! L’école ma chance ! Mon école ma démocratie ! Violence non merci !  » Des slogans et des logos sur autocollants, porte-clés, affiches et dépliants.  » On a décidé de mener cette campagne après les incidents des athénées Madeleine Jacquemotte et Marcel Tricot, l’an dernier. Un professeur juif y avait été victime d’insultes xénophobes. On s’est dit qu’il était temps de prendre le mal à la racine « , explique Géraldine Herman, coordinatrice du projet. C’est donc dans les écoles primaires et dans les classes inférieures du secondaire que Promojeunes a envoyé ses animateurs prêcher de façon ludique leurs idées de respect et d’écoute. Parce que la violence à l’école est d’abord verbale. En Communauté française, les enquêtes commandées en 2000 et 2001 par le ministre de l’Enseignement secondaire montraient que plus d’un élève sur deux disait avoir été l’objet de moqueries au cours des derniers mois. 34,8 % d’entre eux avaient souffert de rumeurs ou de menaces verbales. Une succession d’incivilités qui atteignent aussi le corps enseignant. Et pas seulement dans le secondaire :  » Les enfants ont de plus en plus de mal à écouter, à comprendre qu’à côté du droit de s’exprimer ils ont aussi le devoir de laisser l’autre le faire « , insiste Véronique Gibert, professeur de morale.

Quant à la violence physique, elle fait parfois aussi son entrée dans la cour de récré des petits. Vanessa Buyst,  » Mademoiselle Buyst « , raconte qu’elle a dû se résoudre à plaquer un enfant de 8 ans au sol pour qu’il arrête de frapper un autre élève. A l’époque, elle enseignait dans une école  » difficile « .  » Le problème, c’est que les exigences du  » programme  » freinent les initiatives non scolaires : ce matin, par exemple, on n’a obtenu qu’une demi-journée. C’est peu pour un sujet comme la violence à l’école…  » Mais c’est mieux que rien : pour Philippe, animateur,  » si ces ateliers, si courts soient-ils, peuvent provoquer un déclic chez les enfants, même à retardement, c’est déjà ça. S’ils s’en souviennent quand ils arrivent dans le secondaire, le pari est gagné « . Reste que les classes secondaires, où le terrain est déjà un brin plus miné en matière de violence scolaire, n’ont pas encore vu grand-chose des couleurs de la campagne.

Mais le projet débute : il fait ses premiers pas et doit encore être peaufiné, notamment au niveau de la collaboration avec les enseignants. Car ce sont eux, en fin de compte, qui pourront utilement prolonger et amplifier les effets de telles visites. Message reçu par les organisateurs :  » Ces premières expériences vont affiner le projet initial. Elles seront tout bénéfice pour les écoles suivantes, primaires et humanités « , commente Philippe. D’ici au 16 mai, dernier jour de la campagne, Promojeunes aura bien le temps de faire ses armes… pour moins de violence.

Myriam Baele

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