Touche pas à mon ciel !

Il y a vraiment de tout – le pire comme le meilleur – dans les arguments des opposants aux éoliennes. Si l’observation des installations les plus modernes permet de répondre assez facilement aux craintes les plus légitimes, notamment celles qui portent sur le bruit, la question de l’impact paysager mérite, lui, autre chose qu’un simple revers de la main. Les paysages font partie de la mémoire collective. Ils sont nos miroirs, façonnent notre identité locale et contribuent à forger le ciment des terroirs. Voilà pourquoi, même dans des régions balafrées par des chancres ou réduites à des monocultures désertiques (mais quoi de plus subjectif qu’un  » beau paysage  » ?), les éoliennes suscitent l’inquiétude, sinon la colère. On peut y ajouter, souvent, un soupçon de méfiance envers les technologies  » vertes « , jugées a priori farfelues, que l’intérêt récent de groupes industriels devrait pourtant démentir. Si les promoteurs de projets négligent ces sensibilités ou s’ils font la sourde oreille aux propositions constructives de comités de riverains, qu’ils ne s’étonnent pas de voir leurs projets s’effondrer sous les huées.

Mais enfin ! Comment comprendre que les opposants aux éoliennes s’étranglent d’indignation à l’idée que celles-ci sont là pour  » faire du fric  » ? On ne demande pas aux centrales nucléaires ou au gaz de fonctionner au profit d’£uvres caritatives. Oui, grâce (notamment) aux incessantes améliorations de leurs performances, les éoliennes peuvent être rentables, sur terre comme au large. Pour une fois que l’environnement et l’industrie s’avèrent compatibles ! Certes, il ne faut pas se leurrer : la contribution des énergies  » vertes « , tant à l’impérieuse diversification des sources d’approvisionnement en Europe qu’au respect des impératifs mondiaux de diminution des gaz à effet de serre (les objectifs risquent d’être sans cesse plus draconiens), restera chez nous très modeste. Mais nous n’avons pas le choix : une politique énergétique se construit avec des briques variées. Ainsi, un jour ou l’autre, il faudra bien réprimer sérieusement notre insatiable boulimie et nos gaspillages éhontés d’énergie. Petit à petit, et au prix de sérieuses remises en cause de certaines habitudes de vie, l’Europe pourrait alors diminuer sa dépendance envers certaines sources d’approvisionnement. Et, par là, envers des régions à haut potentiel de conflits géostratégiques majeurs.

Par Philippe Lamotte

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