Tolérant ou indifférent ?

Ai-je tort de sentir comme une indifférence souvent masquée derrière la tolérance?

Marianne Mairesse, Bruxelles

Certains, sans doute, s’étonneront de ce rapprochement entre indifférence et tolérance. Avec raison, dans beaucoup de circonstances. Mais, parfois, il faut se rendre à l’évidence, il y a convergence.

La première manière d’indifférence est davantage tournée vers soi – contre soi? – que vers l’en-dehors. A l’extrême du caractère, elle se présente comme une névrose. Ce n’est pas, ici, le lieu d’en parler. Presque aussi souvent, elle convoque autrui au spectacle de ses prouesses. L’indifférence alors est une pose d’impassibilité. Les difficultés, les drames, qui frappent l’un, l’autre ou des groupes entiers ne provoquent chez l’indifférent qu’une absence d’intérêt, comme si, à en montrer, il risquait de prendre position, d’avoir à se dépenser. Il est vrai, s’intéresser à autrui ne va pas de soi. Si l’on met de côté le cercle où l’affection alimente la relation, celui des obligations professionnelles et les attitudes de convenance, l’intérêt pour autrui demande, outre les qualités de coeur, une recherche du pourquoi et du comment des différences, un travail de compréhension.

On peut tourner la difficulté, en optant pour un a priori idéologique. C’est la seconde manière d’indifférence. On se préoccupera des gens de son groupe, des  » malheureux« , de ceux qui viennent d’ailleurs, etc. Chaque fois, les autres suscitent mon intérêt en fonction d’une représentation de leur différence qui me conforte. Pourquoi pas? Mais il faut admettre alors que je n’obéis qu’à ma propre suffisance à traiter des différences qui m’importent.

Alors, compte peu le pourquoi d’autres agissements, mus par d’autres motifs intimes … pour autant que je sois libre d’agir à ma guise. C’est la tolérance selon le principe:  » vivre et laisser vivre« . Ce faisant, nous sommes toujours en état d’indifférence. Ce n’est pas l’état dans lequel vit l’autre qui compte mais sa capacité à correspondre à mon désir d’éprouver une satisfaction à m’occuper de lui.

Aller au-delà exige un effort intellectuel de sortir de soi pour comprendre la complexité de la société et opérer des choix qui prennent en compte moins mon for intime qu’une raison qui se demande  » comment vivre mieux ensemble? « . La reconnaissance de la différence a pour objet le souci politique de l’autre, et la tolérance, ici, exprime mon effort pour me confronter à la politique de l’autre. Bref, l’indifférence ouverte ou masquée est affaire de sentiments, son contraire tient davantage de la raison que du coeur.

Jean Nousse

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