Titres-services : des profits juteux

Pierre Havaux
Pierre Havaux Journaliste au Vif

Le titre-service, c’est tout bénéfice pour les moins qualifiés en quête d’emploi. C’est aussi tout profit pour certaines sociétés agréées. Surtout les ALE. Normal ? L’ONEm est chargée de mener l’enquête.

Des fonctionnaires de l’ONEm prennent un congé sans solde pour créer, sous un statut d’indépendant, leur société de titres-services…  » La députée Ecolo Muriel Gerkens y voit là un signe qui ne trompe pas : très en vogue, le titre-service ne sert plus uniquement à créer de nouveaux emplois d’aides ménagères accessibles aux peu qualifiés. Ni à blanchir un travail domestique qui se pratiquait au noir. Il est aussi devenu un business qui peut rapporter gros aux entreprises utilisant ce système. Ce qui ne correspond pas vraiment à la vocation première de ce mécanisme qui coûte cher aux finances publiques : cette année, l’Etat y injectera plus de 600 millions d’euros. Cette rançon du succès contraste avec l’ampleur de certains bénéfices dégagés par des sociétés. Intriguée, Muriel Gerkens s’en est ouverte au ministre de l’Emploi. A la veille de quitter ses fonctions, Josly Piette (CDH) n’a pas donné tort à l’élue Ecolo.

Le secteur des entreprises agréées titres-services est des plus variés : les agences d’intérim y côtoient des ASBL, des entreprises privées de nettoyage, des mutuelles, des CPAS, des entreprises à finalité sociale, des agences locales pour l’emploi (ALE). Toutes n’en retirent cependant pas le même profit. Loin de là. Un audit de juillet dernier, commandé au consultant PriceWaterhouseCoopers par le ministère de l’Emploi, a mis en évidence des disparités criantes en ce qui concerne la rentabilité de ces sociétés. Surprise : ce sont les ALE qui décrochent la timbale en dégageant la plus forte marge bénéficiaire : elle s’élève en moyenne à 7,86 euros par titre-service, avec une intervention de l’Etat fédéral s’élevant à 15,59 euros (comprenant la déduction fiscale). Aucun autre type d’entreprise agréée n’atteint un tel profit. De quoi mettre la puce à l’oreille du ministre de l’Emploi. :  » Ces bénéfices posent question et appellent des investigations.  » Josly Piette attend donc de l’ONEm des chiffres sur les avoirs financiers des ALE. Mais aussi un état de leur patrimoine.  » Je me suis laissé dire qu’on avait investi dans des bâtiments, voire acheté des bâti- ments.  » Dérive ? Piette n’est pas loin de le penser :  » Il faut revenir à l’essence même du rôle de l’agence locale pour l’emploi qui est l’accompagnement des chômeurs pour leur fournir du travail . » Certaines ALE auraient-elles quitté le droit chemin pour céder à la tentation de l’argent facile ?

Pierre Havaux

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