» T’es bien roulée, toi ! « 

A l’avenir, une réflexion machiste ou un acte sexiste pourraient-ils être poursuivis comme tout propos raciste ? Une pétition et une plate-forme d’ASBL réclament une loi. Une proposition est portée par Ecolo

Les pubs pour les produits lessiviels qui prennent les femmes pour des demeurées pourraient-elles, un jour, être condamnées pour sexisme ? Dans un proche avenir, un homme traité de  » tapette  » pourra-t-il déposer plainte ? C’est en tout cas ce à quoi s’emploie Vie Féminine depuis un an. Le 8 mars 2005, Journée internationale des femmes, cette branche du mouvement ouvrier chrétien lançait une campagne de sensibilisation sur la question, dans un bistrot de supporters d’Anderlecht, haut lieu de la  » virilité « . Aujourd’hui, elle a déjà convaincu une trentaine d’autres associations, dont le Conseil national des femmes et Amnesty International, de s’unir au sein d’un front réclamant une loi contre le sexisme. Une pétition est en cours et sera brandie lors d’une action spectaculaire –  » Carton rose  » -, le 11 mars, à la place de la Monnaie, à Bruxelles (1).  » L’idée est de s’inspirer de la loi de 1981, dite loi Moureaux, qui interdit les actes de portée raciste « , explique Isabelle Durant, secrétaire fédérale d’Ecolo, qui a déjà répondu à l’appel. Une proposition de loi sur le sujet avait même été rédigée par sa collègue, la députée Marie-Thérèse Coenen, sous la précédente législature.  » A l’époque, le greffier s’était plaint qu’il y avait trop d’injures dans ma proposition, qu’elles étaient intraduisibles en néerlandais !  » se souvient, en riant, Marie-Thérèse Coenen. Symptomatique des résistan-ces en cette matière ?  » Notre campagne soulève une levée de boucliers, poursuit Hafida Bachir, secrétaire générale adjointe de Vie Féminine. Je ne comprends pas pourquoi. Comme la loi Moureaux, son application restera exceptionnelle. Mais, à la différence du racisme, il est vrai que le sexisme ne concerne pas, lui, une minorité, mais la moitié de l’humanité. Il touche aussi aux questions sensibles d’identité, de liberté d’expression… Il est tellement répandu qu’il en est devenu parfois invisible.  » Pourtant, comment justifier que les femmes gagnent, en moyenne, 83,3 % du salaire des hommes, bien que, depuis quelques années, elles soient déjà plus nombreuses qu’eux à l’université ? Pourquoi, lors d’un entretien d’embauche, demande-t-on à une jeune femme si elle compte avoir des enfants ? Question qu’on ne pose pas à un candidat masculin. Enfin, dans un tout autre domaine, le sport féminin reste un parent pauvre.  » Le même arbitre de basket peut être mieux payé pour un match d’hommes que de femmes « , poursuit Hafida Bachir. Autant d’exemples aussi curieux que discriminatoires, sans même s’attarder sur le sexisme de rue, avec ses coups de klaxon et sifflements déplacés, qui transforment certains quartiers en territoires exclusivement masculins.

 » Mais beaucoup de petits faits condamnables, au nom d’un signal fort comme une loi, ne seront pas souvent condamnés, faute de preuves, notamment « , explique Isabelle Durant. Le 6 mars, les écologistes présenteront en effet une version actualisée de la proposition de Marie-Thérèse Coenen. But : convaincre d’autres partis de la cosigner en vue d’accroître ses chances d’être examinée.  » Cela permettrait aussi de lutter contre l’homophobie « , ajoute encore la secrétaire fédérale. Mais ce combat féministe, un des derniers, ne sera sans doute pas le plus facile à gagner.

(1) www.viefeminine.be

Dorothée Klein

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