Souvenirs, souvenirs

DE MARC OSCHINSKY,

Alors que, ces jours ci, on n’entend que bruits de botte et inquiétudes sur les marchés (jusqu’où le cours du pétrole va-t-il s’envoler ? Et est-ce que j’ai encore de la farine, du sucre et du café ? ), il est somme toute rassurant de penser qu’il existe un petit pays, lové au coeur de l’Europe, qui ne se laisse pas perturber par la rumeur du monde. Et qui continue, imperturbablement, ce qu’il fait de mieux : commémorer ses gloires disparues. Ce qui tombe bien, puisqu’il est plutôt à court de gloires encore en vie, à part Amélie Geluck et Philippe Nothomb.

La semaine dernière, vous avez sûrement mis votre point d’honneur à honorer la mémoire de Simenon. Comme tout le monde, vous vous êtes extasié sur ses 10000 femmes (même que, au vu de la régularité avec laquelle ce chiffre était cité, vous vous êtes dit qu’il serait bien arrivé à 20 ou 30000 s’il n’avait pas bêtement perdu une partie de son temps à écrire). Vous avez ressorti du tiroir les vieilles photos de Jean Richard en Maigret, en vous extasiant sur le fait que, à côté de lui, même Derrick avait l’air rapide et éveillé. Et vous avez suivi religieusement l’interview télévisée du fils Simenon.

C’est bien. Maintenant, préparez-vous pour les commémorations à venir, parce que, en 2003, on n’est pas sorti de l’auberge. Donc : foncez déjà au grenier pour retrouver vos vieux 33 tours de Brel. Tant que vous y êtes, redescendez aussi le pick up, et jouez « Orly » ou « Quand on a que l’amour » très, mais alors là, très fort. éa prouvera votre patriotisme tout en plongeant tout le quartier dans une neurasthénie de bon aloi.

Cherchez aussi vos vieux albums de Tintin, ceux dont vous étiez convaincus qu’ils valaient une fortune jusqu’à ce que vous vous rappeliez que, à l’âge de 3 ans, vous aviez arraché une page sur deux pour servir d’album à colorier. Enfin, n’oubliez pas de bichonner la voiture sur laquelle vous avez apposé l’autocollant « Belges unis nous resterons en mémoire du roi Baudouin ». Eh oui, cette année, ça fera dix ans que le roi disparaissait, et si vous avez toujours la même voiture en-dessous de l’autocollant, il serait peut-être temps de vous demander pourquoi le concessionnaire de votre quartier a l’air de faire grise mine quand il vous croise en rue.

Quant à vos cassettes vidéo de l’intégrale de Max Pecas, vous pouvez les monter au grenier: le réalisateur de l’inoubliable (bien qu’on ait tout fait pour) « Mon curé chez les nudistes » n’étant mort que depuis une semaine, vous avez encore 10 ans avant de les ressortir, avec les disques de Brel, les albums de Tintin et les billets de 20 francs avec la tête du roi Baudouin.

De toute façon, Pécas, il n’était même pas belge, alors…

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