Son histoire, c’est un peu notre Histoire

Pour réaliser la couverture des 25 ans du Vif/L’Express, Delphine Boël s’est inspirée de la crise existentielle que traverse la Belgique.

Actuellement, je travaille sur le problème de l’identité, écrit Delphine Boël dans son autobiographie Couper le cordon, qui vient de paraître aux éditions Luc Pire. Je reproduis les contours de ma main (…) Il y a l’identité personnelle, il y a également l’identité nationale. Je l’évoque en ajoutant les couleurs du drapeau belge aux contours de la main. (…) L’identité belge s’effiloche de plus en plus.  »

Read These Hands to Know the Future, The Art of Identifying Small Talk, Belgitude Aura… sont autant d’£uvres explorant l’empreinte digitale. Ce n’est pas un hasard. La jeune artiste a beau vouloir tourner la page, son passé la rattrape. Couper le cordon est en fait un catalogue d’£uvres enrichi d’éléments personnels, conçu pour l’exposition qui s’ouvre ce 12 avril, à De Latemse Galerij, à Sint-Martens-Latem (Flandre). Une vingtaine de chapitres racontent l’histoire d’une survivante. Pendant longtemps, Delphine a cru qu’elle était la fille de l’industriel Jacques Boël, mari de sa mère, la baronne Sybille de Selys-Longchamps. Même s’ils vivaient déjà séparés au moment de la naissance de Delphine, en 1968. L’artiste a souffert de la douleur muette d’une mère enfermée dans son secret. On ne tombe pas impunément amoureuse d’un héritier du trône. Sybille de Selys-Longchamps a mis une quinzaine d’années à faire son deuil d’un amour et d’un couple impossibles. En 1999, la révélation de l’identité de la fille naturelle d’Albert II a causé un nouveau traumatisme chez les deux femmes.

 » Belgophile  » et  » forcément royaliste « 

Il ne s’agit pas pour autant d’une autobiographie au vitriol. Delphine se contente de remettre certaines pendules à l’heure. Elle se dit  » belgophile  » et  » forcément royaliste « .  » J’aime la royauté en Belgique, précise-t-elle dans son livre. Il existe un énorme malentendu à ce sujet. (…) Toutes ces histoires de scission m’énervent.  » Elle s’insurge contre ceux qui lui reprochent  » d’ébranler la monarchie et de détruire la Belgique. Alors que, ma foi, on n’a pas besoin de moi pour faire ça.  » Effectivement.

L’histoire de Delphine recoupe notre Histoire, celle d’un pays surréaliste, fait de déchirements et de liens très forts. Sa  » belgitude  » est celle de tant de francophones. Mais Delphine n’est pas seulement fille de roi. Elle est aussi une femme du XXIe siècle, confrontée à des problèmes de son temps :  » Je partage ma peine avec tous les enfants qui n’ont pas de père, qui ne sont pas reconnus par leur père ou qui essaient de le retrouver.  » Delphine est une femme moderne, libre, honnête dans son art. C’est pour ces raisons que Le Vif/L’Express lui a demandé de faire la couverture de ses 25 ans. Elle incarne des valeurs que nous aimons : l’indépendance, l’authenticité, avec ce zeste d’impertinence et de fantaisie.

Mais Delphine Boël a hésité à répondre favorablement à notre demande. Avec la modestie qui la caractérise, elle s’est demandée si elle allait en être capable. Puis, elle a choisi de décliner, pour la Une, une nouvelle version de Belgitude Aura. Cela donne une £uvre en noir, jaune et rouge, qui colle à la crise existentielle que traverse notre pays, avec ce mot inlassablement répété : identity.

Enceinte de huit mois, Delphine est venue une longue après-midi de mars travailler en nos bureaux avec Valérie Gay, directrice artistique du Vif/L’Express. Elle a étonné tout le monde par son souci de bien faire, sa simplicité et sa gentillesse. Pour Le Vif/L’Express, ce fut un très joli cadeau d’anniversaire.

Dorothée Klein

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