Six planches inédites de Bob De Moor

Olivier Rogeau
Olivier Rogeau Journaliste au Vif

En 1956, Hergé et Bob De Moor embarquaient sur le cargo Reine Astrid pour les repérages de Coke en stock. Fidèle à ses racines anversoises, le bras droit du père de Tintin n’a cessé de regarder la mer et de rêver de bateaux.

Une photo, prise en 1956 dans le port d’Anvers, immortalise la croisière documentaire des deux complices. On y voit Hergé, alors âgé de 49 ans, et Bob De Moor, 30 ans, juste avant leur embarquement sur le cargo S. S. Reine Astrid. Leur mémorable traversée de la mer du Nord vise à réaliser les croquis préparatoires de Coke en stock, aventure dans laquelle Tintin et Haddock découvrent, sur le cargo Ramona, un trafic d’esclaves organisé par l’infâme Rastapopoulos.

 » C’est ma mère qui a fait connaître Tintin à mon père, raconte Johan De Moor, leur fils, lui aussi auteur de BD. Elle était institutrice et lui a montré un album confisqué en classe à un élève. Peu après, en 1949, il est entré au journal Tintin, puis, un an plus tard, aux Studios Hergé. Depuis la 7e case de la page 23 d’ Objectif Lune, album publié cette année-là, mon père a travaillé sur les décors de toutes les aventures de Tintin. Il est vite devenu le premier assistant d’Hergé.  »

Jusqu’à la disparition du maître, en 1983, Bob De Moor (1925-1992) participe toujours plus activement aux albums, modernise L’Ile noire à la demande de l’éditeur anglais Methuen, met en scène Tintin et ses amis pour la publicité et les produits dérivés et supervise les longs-métrages Le Temple du soleil et le Lac aux requins. En parallèle, il poursuit une £uvre personnelle : Barelli, Monsieur Tric, Cori le Moussaillon… Les 5 tomes de Cori, aventures maritimes au temps des conquistadors – le dernier album, achevé par son fils Johan, a été publié en 1993, peu après sa mort -, illustrent la fidélité de l’auteur à ses racines anversoises et maritimes.

 » La mer, c’est l’aventure « 

C’est sur cette attirance pour la mer et les bateaux que l’exposition montée au Centre belge de la BD a choisi de s’arrêter (1).  » Des premiers témoignages de cette passion dans les marges de ses cahiers d’écolier à l’éclosion de son chef-d’£uvre, Cori, en passant par les chromos Voir et savoir consacrés à l’histoire de la marine, Bob n’a jamais cessé de regarder la mer, de rêver de bateaux et d’imaginer des histoires de marins « , note Toon Horsten, commissaire de l’expo.

 » La mer, c’est l’aventure, assurait Bob De Moor. Lorsque je vais en vacances, elle ne doit pas être loin.  » Dans un entretien accordé au magazine Les Inrockuptibles peu après avoir terminé Mortimer contre Mortimer (1989), album resté inachevé à la mort de son ami Edgard P. Jacobs, il confiait, tout en mimant un combat au sabre :  » J’aurais bien aimé vivre à cette époque [NDLR : celle des galères des XVIIe et XVIIIe siècles], mais comme capitaine, pas comme galérien !  »

Son fils Johan, regard malicieux, témoigne :  » A la fin de sa vie, mon père s’est initié au catamaran, à Duinbergen. Il sillonnait aussi l’estuaire de l’Escaut sur son Zodiac et projetait d’acheter un yacht ! Quelques années plus tôt, à Majorque, un pêcheur nous avait emmenés sur son bateau. Au début de la promenade, mon père faisait le fier. Un vrai capitaine, au pied marin. Mais le mal de mer l’a vite rendu blême. De retour au port, le gamin que j’étais a dû jurer qu’il garderait le silence sur cette mésaventure pas très glorieuse ! Mais je pense qu’il y a prescription. « 

(1) Bob De Moor et la mer, du 14 juin 2011 au 15 janvier 2012, au Centre belge de la bande dessinée (www.cbbd.be), 20, rue des Sables, 1000 Bruxelles (02 219 19 80).

OLIVIER ROGEAU

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