Silences et fausses routes

Entretien avec René-Philippe Dawant, auteur de deux livres-repères pour mieux situer les enjeux du procès Dutroux et consorts

Affaire Dutroux, affaire d’Etat ? et Le Dossier Dutroux en 8 questions, aux éditions Luc Pire, par René-Philippe Dawant.

René-Philippe Dawant, 62 ans, a travaillé pendant trente-cinq ans en radio et en télévision, avant de découvrirr, à la faveur de son départ anticipé du service public, lors du Plan Horizon 1997, qu’il était fait pour l’écriture. Des reportages réalisés par l’équipe d’ Au nom de la loi, il tire des récits vivants, les enrichissant de contacts personnels qui ne passeraient pas à l’image. Son Enquête manipulée, publiée chez Luc Pire, a fait événement. Ce livre venait à la suite de l’émission spéciale réalisée, en 1998, par l’équipe carolorégienne, aujourd’hui dissoute dans le magazine Actuel (RTBF). Il démontait minutieusement les pistes abracadabrantes dans lesquelles s’était engagée l’instruction de l’affaire Dutroux, à Neufchâteau. Six ans plus tard, le journaliste récidive avec un livre plus personnel encore, fluide, extrêmement bien documenté, Affaire Dutroux, affaire d’Etat ? Il est accompagné d’un mini-livre, Le Dossier Dutroux en 8 questions, plus polémique, cette fois. Le premier offre des clés pour comprendre ce qu’un honnête homme peut et doit savoir, à l’entame des débats de la cour d’assises du Luxembourg.

Le Vif/L’Express : D’après vous, il faut rechercher la source des événements de 1995-1996 dans ceux commis par Dutroux et consorts en 1985 ?

René-Philippe Dawant : Il y a des similitudes flagrantes. On retrouve le même mode opérationnel en trio, le même genre de véhicule, la même fixation sur des jeunes adolescentes minces, à peine pubères, vierges ; le même style de viols en série, après le même conditionnement terroriste.

Il y a peu de place pour Michel Nihoul dans ce scénario ?

En effet. Mais ce dernier a menti pendant six ans sur son trafic de stupéfiants. Il va le payer cher. Il aura vingt ans pour réfléchir à ses conneries. Mentir ou chercher à gagner sur tous les tableaux, c’est aussi une perversion. Cela n’en fait pas un kidnappeur d’enfants pour autant, mais le procureur du roi de Neufchâteau le charge au maximum, au risque de provoquer une erreur judiciaire. Le juge d’instruction Jacques Langlois, suivi par la chambre du conseil de Neufchâteau, avait écarté Nihoul du dossier principal. La chambre des mises en accusation de Liège en a décidé autrement.

La vanité des hommes, écrivez-vous, est à l’origine de bien des dysfonctionnements imputés à l’appareil judiciaire…

Je suis frappé par l’incapacité qu’ont les magistrats à reconnaître qu’ils ont fait, de bonne foi, fausse route. Pas plus que je ne comprends le silence du parquet général de Liège et de la hiérarchie de la gendarmerie devant les attaques personnelles insupportables dont des magistrats et des enquêteurs ont fait l’objet.

Certains médias ont aussi perdu leurs repères. Vous refusez qu’on renvoie dos à dos les tenants de la thèse du réseau pédophile et ceux du pervers isolé : pourquoi ?

Il y a suffisamment d’éléments dans le dossier d’instruction, devenu aujourd’hui largement public, pour que les journalistes puissent faire un travail consciencieux, sans agiter en permanence des fantasmes qui n’ont plus de fondement. Quand j’entends dire, sur le plateau du magazine Actuel, que le procès d’Arlon ne permettra pas de faire toute la lumière sur l’affaire Dutroux, je me demande s’il existe encore un directeur de l’information dans le service public. Entretien : M.-C.R.

Marie-Cécile Royen

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