Sharon échec et mat

Le rejet du plan d’évacuation de la bande de Gaza embarrasse le Premier ministre israélien et ses alliés américains

De notre correspondant à Tel Aviv

Nous continuerons jusqu’au bout et nous évacuerons la bande de Gaza même si cela prendra un peu plus de temps que prévu.  » Après avoir durement encaissé la défaite d’Ariel Sharon au référendum sur le  » plan de séparation unilatérale  » organisé le 2 mai au sein du Likoud, l’entourage du Premier ministre israélien a été rasséréné par le soutien que lui ont apporté, avec des nuances, les membres du  » Quartet  » (Etats-Unis, Nations unies, Union européenne, Russie), réunis deux jours plus tard à Washington. Certes, pour l’heure, Sharon et ses conseillers conviennent que leur plan ne pourra pas être appliqué en l’état. Mais ils ne savent pas quelles modifications y apporter afin de satisfaire les  » faucons  » du Likoud, hostiles à tout désengagement, tout en ménageant George Bush, devant lequel Sharon s’était engagé lors d’un récent voyage à Washington.

Pour l’heure, le Premier ministre semble préconiser une solution par paliers. Le désengagement de la bande de Gaza commencerait par quelques petites colonies isolées (Kfar Darom, Netzarim, Morag) et se poursuivrait  » plus tard  » (c’est-à- dire lors de la signature d’un accord de paix permanent avec les Palestiniens) par le démantèlement du bloc d’implantations de Gouch Katif, qui occupe près de 30 % du territoire de la bande de Gaza. En outre et toujours afin de calmer les  » ultras  » de son parti, alliés au Yecha (le lobby des colons), Sharon renoncerait à démanteler quatre implantations de Cisjordanie. Il n’en ferait évacuer que deux (Ganim et Kadim), selon ses proches.

Dopés par leur victoire de dimanche dernier, les extrémistes du Likoud et le Yecha ont d’ores et déjà refusé d’envisager d’entendre parler de ce projet alternatif. De toute façon, en supposant qu’ils l’aient accepté, la plupart des commentateurs israéliens et étrangers ne croient pas qu’il soit applicable. Car, en réalité, le démantèlement par étapes signifie que l’armée israélienne occupera encore la bande de Gaza pendant longtemps, que les colonies continueront de s’y développer en attendant d’être éventuellement évacuées (le gel des subsides publics destinés à la construction dans les implantations a d’ailleurs été levé mardi), et que les attaques palestiniennes suivies de représailles is- raéliennes se poursuivront comme à l’accoutumée.

Pour l’heure, avant de se rendre, peut-être, aux Etats-Unis le 17 mai, Sharon a entrepris de convaincre les barons de son parti de soutenir la nouvelle version de son projet. Il a rapidement reçu l’appui du ministre des Affaires étrangères Silvan Shalom, qui a entamé mardi une tournée européenne destinée à convaincre ses interlocuteurs qu' » Israël veut la paix mais n’a pas d’interlocuteur pour cela « . En revanche, d’autres poids lourds du Likoud, tels Binyamin Netanyehu (Finances) et Limor Livnat (Education) hésitent à se prononcer. Par idéologie û ils font tous deux partie de l’aile droite du parti û et, parce qu’ils songent à la suite de leur carrière politique.

Etrangement, jusqu’à présent, le  » plan de séparation unilatérale  » n’a jamais été discuté par les instances dirigeantes du pays. Sharon en avait bien entendu présenté tous les détails à Bush lors du sommet de Washington, mais il avait toujours refusé de faire le même exposé devant ses ministres puis à la tribune de la Knesset. Après avoir menacé de quitter le gouvernement, le ministre de la Justice Tommy Lapid û qui est également le leader du Chinouï, le deuxième parti de la majorité û a obtenu gain de cause. Le plan et sa version alternative seront examinés dimanche au cours d’un Conseil des ministres spécial qui promet d’être animé.

Serge Dumont

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