Serbie Les enfants du nationalisme

Les moins de 25 ans ont grandi à l’époque de l’éclatement de la Yougoslavie. Aux prochaines législa- tives, cette génération désabusée pourrait voter en masse pour les ultras.

De notre correspondante

Dans une rue piétonne du centre de Belgrade, Dina, du haut de ses 24 ans, joue de son décolleté pour mieux distribuer les briquets et les tracts des ultranationalistes du Parti radical serbe. A l’approche des législatives du 11 mai, elle semble confiante quant aux chances de son mouvement :  » Nous avons failli remporter la présidentielle en janvier. Cette fois-ci, c’est sûr, on sera au gouvernement. « 

Non loin de là, au stand du Parti démocrate (DS) du président Tadic, les militants sont en ébullition. Car la Serbie a enfin signé, le 29 avril, son premier accord de rapprochement avec l’Union européenne. Une victoire capitale, selon le DS, à deux semaines du scrutin. Mais la nouvelle laisse indifférent Vlada, 20 ans :  » A quoi ça sert, l’UE, quand on n’a ni boulot ni argent pour voyager ? Moi, je pense d’abord à mon pays. Je me fous d’être européen. « 

Comme Dina, Vlada va voter pour le Parti radical :  » Ce sont les seuls gens honnêtes, qui pensent vraiment au bien des Serbes « , souligne-t-il. De même que tous les jeunes de son âge, Vlada a grandi à l’époque des guerres dans l’ex-Yougoslavie et du nationalisme belliqueux de Slobodan Milosevic, au pouvoir à Belgrade entre 1989 et 2000. Au collège, son enfance a été bercée par les mythes et l’histoire du Kosovo, cette ancienne province de Serbie peuplée aujourd’hui à 90 % d’Albanais, qui a, le 17 février, proclamé son indépendance.  » Le Kosovo, c’est le c£ur de la Serbie. C’est mon identité « , récite-t-il.

Partout, les jeunes radicaux semblent plus mobilisés que les démocrates. Quelques associations proeuropéennes tentent d’inciter au devoir civique sur des sites Internet de vidéos ou par SMS, mais la nouvelle génération se fait tirer l’oreille. 1 jeune sur 7 serait au chômage.

Le 11 mai, Andjela, 23 ans, ne se déplacera pas :  » A quoi bon ? De toute façon, le pays est pourri.  » Etudiante en philosophie, elle ne voit son avenir ni ici ni ailleurs. Alors elle se contente de vivre au jour le jour. Quand ses finances le lui autorisent, les virées de fin de semaine permettent de s’étourdir d’alcool dans les splav, ces péniches-boîtes de nuit au long du Danube :  » Nous, les Serbes, on tient mieux l’alcool que dans vos 27 pays européens !  » rigole-t-elle.

 » Dans un bocal, comme des cornichons ! « 

Andjela n’a jamais voyagé à l’étranger, à l’exception de deux séjours au Monténégro. C’était avant l’été 2006, quand la république a proclamé son indépendance :  » Jusque-là, on était un pays ensemble « , résume-t-elle.

Soumis, depuis plusieurs années, à une politique de visa restrictive, peu de jeunes sont sortis de leur pays :  » On est dans un bocal, comme des cornichons !  » s’exclame Dusan, 28 ans. Monté à Belgrade de sa province il y a cinq ans, il cumule deux emplois de serveur et s’estime content avec à peine 300 euros par mois. Lui aussi restera chez lui dimanche.  » Depuis cinq ans, explique-t-il, la Serbie a changé trois fois de nom et deux fois de frontière. Il n’y a que la galère de tous les jours qui reste la même. Je suis fatigué. Parfois, je me dis que je suis déjà vieux.  » l

Gaëlle Pério

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