Segal, l’autre sidérurgiste indien

Implanté lui aussi dans le bassin liégeois, le groupe indien Tata Steel n’a pas l’image catastrophique d’ArcelorMittal. Parce qu’il a un meilleur management ou parce que la conjoncture l’a jusqu’à présent épargné ?

Je suis implantée en bord de Meuse liégeoise, pays des corons et des métallos ; je suis un des fournisseurs majeurs de l’industrie automobile ; j’ai été englobé il y a quelques années dans une multinationale indienne… Je suis… Je suis…. Rien à voir avec ArcelorMittal, il s’agit de Segal, un des champions du monde de la tôle galvanisée, fondé en 1983 à Ivoz-Ramet par trois entreprises pourtant concurrentes – Cockerill-Sambre, Arbed-Sidmar et Hoogovens – et depuis lors intégré au groupe Tata Steel. Un autre sidérurgiste indien, donc. Vivant dans l’ombre de l’autre. Si près et en même temps si loin.  » Mittal et Tata, ça n’a rien à voir, c’est le jour et la nuit, tranche Jordan Atanasov, en charge pour la CSC de toute la sidérurgie dans le bassin liégeois. Ce sont deux groupes familiaux indiens, mais ce n’est pas la même culture d’entreprise, le respect entre travailleurs et management est autrement plus grand chez Tata Steel.  »

Tata, c’est donc d’abord, le nom d’une famille. Ensuite, d’un groupe industriel, lorsqu’à la fin du XIXe siècle, Jamsetji Tata rachète un atelier de coton qu’il transforme en usine puis en un véritable conglomérat : la Central India Spinning Weaving and Manufacturing Company. Le groupe s’est depuis lors diversifié, il compte plus de 90 sociétés, dont Tata Steel, numéro 4 mondial de l’acier.  » Lorsque Arcelor est né en 2002, la Commission européenne a exigé qu’il réduise la voilure pour éviter toute situation de monopole, reprend Jordan Atanasov. C’est ainsi que Segal a été repris par le groupe néerlandais Corus puis, quatre ans plus tard, par Tata Steel.  » Un propriétaire indien, estime pourtant le syndicaliste chrétien, ne serait pas l’autre :  » Chez Segal, le climat social est très, très calme. Il y a 140 travailleurs et ils sont tous en CDI, l’entreprise tourne à plein régime depuis quinze ans au moins.  » Mais il est plus facile d’être de bonne humeur, concède Jordan Atanasov, quand le carnet de commandes ne désemplit pas :  » Il y a peu de lignes de galvanisation, la concurrence est donc moins forte et les travailleurs liégeois sont très productifs.  »

 » Tout cela nous pend au nez  »

 » Pour des raisons historiques, nous faisons des produits que les autres entités du groupe ne savent pas faire, il n’est donc pas possible pour Tata de détourner nos commandes vers un autre site, renchérit Joseph Tita, permanent FGTB dans l’usine d’Ivoz-Ramet. Mais on constate quand même que la crise est là : le stock de produits finis augmente et le jour où il n’y aura plus de place pour les bobines, il faudra bien arrêter la production.  » Joseph Tita se refuse à opposer bons ou mauvais patrons, ce qui arrive aujourd’hui à Seraing pourrait survenir demain à Yvoz :  » Tata Steel a supprimé 900 emplois au Royaume-Uni, 150 en Allemagne et 200 en Suède. Sans parler de cette réorganisation qui est en cours aux Pays-Bas et où l’on évoque la suppression de 1 000 emplois sur 5 000 ! Ces restructurations ont pour objet de faire des économies, pas de solidifier ou pérenniser l’entreprise.  » Le fait que ces restructurations sont annoncées dans des pays où la grogne sociale est traditionnellement moins bruyante qu’en France ou en Belgique participerait aussi, pour le permanent FGTB, à expliquer l’image relativement intacte dont bénéficient chez nous Segal et sa maison mère.  » La plupart des hommes, ici, sont mal à l’aise en voyant ce qui se passe chez les amis de Cockerill. Mais ne nous faisons pas d’illusions, tout ça nous pend aussi au nez…  »

JOËL MATRICHE

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