Sauvons la recherche !

Trois mois après leurs collègues français, chercheurs et professeurs se mobilisent pour le refinancement des campus. Ce 5 juin, ils devraient remettre au gouvernement de la Communauté française une pétition de plus de 10 000 signatures

Quelle place voulons-nous tenir demain en Europe ? Celle d’une petite entité européenne qui se contente de fournir des diplômes de proximité et de la recherche de service, ou celle de deux Régions et d’une Communauté qui veulent à tout prix poursuivre une longue tradition de qualité d’enseignement et d’innovation par la recherche ? » Ainsi se termine le mémorandum déposé, à la veille des élections, par les recteurs des universités de Wallonie et de Bruxelles. C’est l’union sacrée du monde académique : les chercheurs, réunis au sein d’Objectif recherche, ont aussi rédigé un mémorandum demandant… le doublement des moyens financiers actuels. Le 19 mai dernier, l’ULB (Université libre de Bruxelles) a encore accru la pression en organisant une journée d’action. Elle a appelé l’ensemble de la communauté scientifique à signer une lettre ouverte aux partis politiques pour le refinancement de la recherche et de l’enseignement supérieur. Ce plaidoyer, fort de plus de 10 000 signatures, sera remis au gouvernement de la Communauté française le 5 juin.

L’exemple est venu de France. En mars dernier, plus de 60 000 scientifiques français ont signé la pétition  » Sauvons la recherche  » et des directeurs de laboratoire décidaient de démissionner collectivement. Car le malaise est international. Pour accroître les moyens des universités, le Premier ministre britannique Tony Blair jugeait bon de faire voter, en janvier dernier, le triplement des droits d’inscription, à partir de 2006. La même année, en Allemagne, un réinvestissement massif mais ciblé devrait favoriser l’émergence de quelques facultés d’élite, suivant le v£u du chancelier Gerhard Schröder.

Que se passe-t-il ? En Europe, les campus font pourtant l’objet d’une réforme ambitieuse d’harmonisation. Mais, justement, ce processus dit de Bologne a mis en évidence que, partout, à des degrés divers, la recherche et l’enseignement supérieur ont été mis au pain sec, au cours du quart de siècle écoulé, alors même que la population ne cessait de croître dans les amphithéâtres. Dans ce cadre, les universités de Wallonie et de Bruxelles viennent d’obtenir un refinancement de 20 millions d’euros, étalé jusqu’à 2010. Cela représente 4 % de l’allocation globale versée aux neuf campus. Soit presque une  » paille « , quand la subvention par étudiant a diminué de 24,8 % de 1991 à 2003. Résultat : le financement public de notre recherche se situe sensiblement en dessous de la moyenne européenne. Avec tous les risques que cela comporte en matière de retard de développement économique et social.

Dorothée Klein

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