Sale temps pour les bronches

Aucun plan de crise n’existe lors des épisodes de pollution atmosphérique intense

Les Belges sont des drôles de zigotos. Confrontés à la menace d’une éventuelle épidémie de grippe véhiculée par les oiseaux, ils se ruent sur les antiviraux. Ebranlés par l’installation d’une antenne GSM dans leur quartier, ils se battent bec et ongles contre cette  » atteinte à leur santé « . Mais, lorsqu’un nuage de pollution dangereux s’installe pendant plusieurs jours au-dessus de leur tête, ils ne s’inquiètent pas outre mesure et ne changent pas, ou si peu, leurs habitudes.

Le 28 janvier, la cellule Celine, le contrôleur de la qualité de l’air dans notre pays, tire la sonnette d’alarme. Pendant des semaines, la vague de froid qui sévit sur l’Europe de l’Est a figé de grandes quantités de pollution industrielle et domestique sur l’Ukraine, la Biélorussie, la Pologne, etc. A la faveur d’un anticyclone situé sur les îles Britanniques, les courants continentaux charrient ces nuages toxiques vers la Belgique, via l’Allemagne.

Le phénomène n’a rien à voir avec l’ozone. Outre le dioxyde d’azote, il s’agit bien de particules, des corps d’une taille infinitésimale issus de la combustion de carburants fossiles. Ils ont la particularité de fixer les polluants dangereux, notamment cancérogènes et mutagènes. Ils pénètrent profondément dans le système respiratoire et, pour certains (les  » ultrafins « ), passent directement dans la circulation sanguine. Ils peuvent entraîner des maladies respiratoires ou aggraver les symptômes de maladies chroniques comme l’asthme. La Commission européenne l’a révélé au printemps 2005 : en raison du succès exceptionnel des voitures diesels, la Belgique paie le plus lourd tribut d’Europe : ces particules sont responsables, chez nous, d’une perte d’espérance de vie de douze à trente-six mois, en moyenne, par individu ! ( Lire Le Vif/L’Express du 26 août 2005.)

Le 29 janvier, malgré la fluidité de la circulation due au week-end, l’indice de pollution à Bruxelles atteint le degré 8 sur une échelle qui en compte 10. A Charleroi, il grimpe même à 9. Les jours suivants, notre propre pollution locale (trafic, chaudières, industries) prend le relais. Celine tape sur le clou, rappelant que la pollution aux particules se glisse même en grandes quantités à l’intérieur des habitations. Malgré ces avertissements, les autorités se contentent des sempiternels appels aux enfants, aux personnes âgées et aux malades des bronches ou du c£ur, leur déconseillant sorties et efforts physiques. Dans les médias, la ministre bruxelloise de l’Environnement, Evelyne Huytebroeck (Ecolo), déconseille aux navetteurs de se rendre dans la capitale en voiture. Mais c’est sa propre formation politique qui, il y a six ans, avait combattu le projet – la pastille bleue – du ministre Didier Gosuin (FDF) censé bannir de la circulation les véhicules les plus polluants dès l’annonce d’une pollution intense. Quant à la Wallonie, elle n’a pas un euro pour se munir de nouveaux appareils de mesure (elle en compte 6, et la Flandre 32…), pas même dans les régions riches en industries (comme le Hainaut occidental proche du secteur Lille-Roubaix-Tourcoing). Santé publique, vraiment ?

Philippe Lamotte

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