Retrouver un emploi après 45 ans ?

Un licenciement après 45 ans et c’est le drame. Difficile de retrouver du travail quand on est bientôt  » quinqua « . D’où la création d’un droit au reclassement professionnel et à un accompagnement vers un nouvel emploi

La Commission européenne montre la Belgique du doigt parce que l’on n’y travaille pas assez longtemps. La Fédération des entreprises de Belgique (FEB) tient le même langage et estime que la productivité de notre pays dépend aussi du maintien au travail des travailleurs âgés de 55 ans et plus. Sur le terrain, toutefois, la situation est bien différente. Quand ils voient arriver un candidat quadragénaire ou une quinquagénaire, même fringant, les employeurs font la moue. La plupart du temps, le refus est poli, mais ferme. Une fois la quarantaine passée, c’est la galère pour trouver un emploi ! Une convention collective de travail (CCT) veut remédier à cette situation : elle ouvre le droit au reclassement professionnel (outplacement) pour les plus de 45 ans victimes d’un licenciement (1).

Par  » reclassement professionnel « , cette CCT de septembre 2002 entend  » un accompagnement pour rechercher un nouvel emploi, soit chez un nouvel employeur, soit comme indépendant « . Concrètement, cet accompagnement comprend un ou plusieurs conseils et services : l’établissement d’un bilan personnel, un encadrement psychologique, un appui pour la recherche d’un nouvel emploi et une aide pour la négociation du nouveau contrat de travail, l’assistance lors de l’intégration dans le nouveau milieu de travail et une aide administrative et logistique. Toutes les conventions d’outplacement ne reprennent pas l’ensemble de ces services, mais elles en comprennent généralement plusieurs.

Ce reclassement ne peut pas être géré par l’entreprise qui licencie ; il doit être confié à un tiers, issu du secteur public ou privé. Selon les cas, la procédure de reclassement peut se dérouler soit de manière individualisée, soit par groupe.

Pour bénéficier de ce droit à l’accompagnement, la personne licenciée doit remplir quatre conditions. D’abord, elle doit être âgée de 45 ans au moins à la date du licenciement. Il faut bien veiller ici à ne pas confondre la date du licenciement avec le dernier jour de travail. Ensuite, elle ne peut pas avoir été licenciée pour faute grave ou en vue d’une prépension. Elle doit aussi compter auprès de l’employeur au moins une année de travail sans interruption. Enfin, elle ne peut pas faire valoir ses droits à la pension légale anticipée (dès 60 ans).

L’accompagnement à la recherche d’un emploi nouveau comporte trois étapes. Celles-ci doivent se dérouler douze mois, au maximum.

La première étape, d’une durée de deux mois, comprend au moins une vingtaine d’heures d’accompagnement de la personne. Durant cette période, celle-ci réalisera son bilan personnel et/ou élaborera une stratégie de recherche d’emploi.

Si, au terme de cette période, la personne licenciée n’a pas retrouvé d’emploi, elle entre dans la deuxième étape. Pour cela, elle doit demander une prolongation du droit, par écrit, dans le mois qui suit la fin de la première période (2). D’une durée de quatre mois, celle-ci permet de poursuivre et d’approfondir les démarches déjà entreprises. La personne en recherche d’emploi et son accompagnateur identifieront les conditions d’intégration dans un nouvel environnement professionnel. Ils envisageront comment développer l' » employabilité  » de l’intéressé.

Enfin, si la personne concernée n’a pas d’emploi au terme de cette deuxième étape, elle peut demander une nouvelle prolongation de six mois (selon les mêmes modalités qu’au terme de la première étape). La troisième période donne à nouveau droit à une période d’accompagnement d’au moins vingt heures. Elle servira à identifier les raisons de l’échec des efforts de reprise de travail et à tenter d’y remédier.

Le reclassement professionnel est un droit. Ce n’est pas une obligation. Pour obtenir ce droit, la personne concernée doit le demander par écrit au plus tard deux mois après la fin de son contrat de travail. La lettre doit être soit envoyée par recommandé, soit remise à l’employeur contre accusé de réception. Cette demande doit être accompagnée d’une preuve de l’inscription comme demandeur d’emploi auprès du Forem ou de l’Orbem. Il faut aussi que la personne qui demande un outplacement s’engage à y collaborer de bonne foi.

L’employeur dispose de deux mois pour soumettre, par lettre recommandée, une offre de reclassement professionnel valable à la personne qui en fait la demande. Par offre valable, la CCT entend une offre qui, par exemple, ne soit pas trop éloignée du domicile ou du lieu de travail. Le coût de la procédure de reclassement est à la charge de l’employeur.

Cette procédure peut se dérouler pendant la période de prestation du préavis et/ou pendant la période couverte par un préavis non presté. Après la période de préavis, le travailleur a le statut de chômeur jusqu’à ce qu’il retrouve un emploi.

Anne-Marie Pirard

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