Rendez-vous au guichet

Ça faisait longtemps que je cherchais une explication à l’un des mystères les plus impéné- trables de l’humanité : comment se fait-il que, quelle que soit l’heure à laquelle on décide d’entrer dans un bureau de poste, on peut s’estimer content si on ne doit attendre qu’un quart d’heure avant de se faire servir ?

Eh bien, à présent je sais. Si la file est toujours si longue, c’est parce que, devant vous, il y a Thierry, Carine et leur fils Thomas (10 ans), Ann, Sabine, Lindsey (9 ans), sa s£ur Joni et Sophie (une camarade de classe), ainsi que Pierre, qui a 65 ans et qui a pris sa pension au début de l’année, ce qui explique pourquoi il a le temps de passer ses journées à La Poste.

N’allez pas croire que j’ai demandé à tous et chacun de décliner leur identité. Non, mes sympathiques compagnons de file m’ont été présentés par Poste magazine, un affriolant dépliant publicitaire qui s’est déguisé en magazine pour éviter de voler directement dans le tas de papier à recycler.

Donc, La Poste a décidé de vous faire découvrir que  » votre bureau de poste (est) si proche (et) si surprenant « . Et, pour ce faire, elle s’est fendue d’un toutes-boîtes. Déjà, pour le côté  » proximité « , j’ai des doutes, surtout depuis que les petits bureaux de poste ont tous fermé les uns après les autres. Mais, pour l’aspect  » surprenant « , je demande à voir. La dernière fois que j’ai été surpris dans un bureau de poste, c’est quand la file n’a fait que dix minutes. Autant dire que ce n’était pas hier. Mais bon, La Poste veut nous montrer ses surprises. Première surprise : maintenant, on peut acheter ses tickets de concert dans certains bureaux de poste. C’est vrai qu’on ne comprend pas très bien pourquoi on irait encore chez son disquaire, un homme généralement avenant et compétent, quand on peut acheter ces mêmes tickets chez un employé qui vous vendra deux places pour aller voir Lorie si vous lui demandez deux tickets pour Laurie Anderson et une place de parterre pour Helmut Lotti quand vous rêvez d’un balcon pour écouter Riccardo Muti.

Après nous avoir donc dégoûtés à tout jamais d’encore aller au spectacle, Poste magazine propose de nous vendre des places pour différents parcs d’attractions. Chacun a droit à sa page de présentation, mettant en scène une famille rencontrée dans le parc en question. C’est donc là qu’interviennent Thierry, Lindsey, Thomas et toute la ménagerie. Lisez, par exemple, ce passage romantique sur Phantasialand, un parc allemand dont le nom suggère déjà une ambiance Oberbayern tout ce qu’il y a de plus chic :  » Thierry m’a emmené à Phantasialand alors que nous nous fréquentions à peine. Nous avons toujours trouvé le parc très romantique. Les petits bateaux du Waltzertraum, par exemple, sont une invitation au rêve.  » Si Phantasialand organise des voyages de noces, Venise n’a qu’à bien se tenir… Notez, libre à vous de préférer Plopsaland. Plopsa qui ? C’est un parc sur la côte belge, où l’on peut  » se promener dans la ferme de Big et Betsy « , avant de se faire  » faire un câlin par les lutins Bric et Dordebou  » (qui  » vivent dans la forêt de Plop « ) et de finir la journée en mangeant  » une pizza chez Monsieur Spaghetti « , parce que La Poste est également un repaire de fins gastronomes qui aiment bien taquiner le paradoxe.

Et voilà pourquoi, cet été, entre amateurs de bonne chanson et fans de Plop, la file dans votre bureau de poste devrait atteindre au moins trois quarts d’heure. Et que votre guichetier vous regardera d’un air un peu surpris quand vous lui ferez votre demande :  » Vous voulez des quoi ? Attendez, je vais me renseigner. Chef, on a encore ça, des timbres ?  »

marc oschinsky

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