Région wallonne contre Région wallonne

Michel Delwiche
Michel Delwiche Journaliste

Un appel d’offres est lancé pour la concession de la liaison par autocar entre l’aéroport de Charleroi et Bruxelles. Le groupe TEC fulmine :  » Cette navette doit nous revenir « , tonne son patron. Qui accuse l’aéroport carolo.

Nous irons jusqu’au bout pour faire valoir nos droits, affirme Jean-Marc Vandebroucke, l’administrateur général du groupe TEC. Mais j’espère que la raison prévaudra.  » En cause : l’appel d’offres lancé par BSCA (Brussels South Charleroi Airport) pour la concession de la liaison par autocar entre l’aéroport carolo et Bruxelles. Celle-ci expire en juin prochain. Une dizaine de sociétés sont candidates, mais le TEC estime que l’exploitation de la navette doit lui revenir, au nom du service public. Pour Jean-Jacques Cloquet, administrateur délégué de BSCA, les 3 millions d’euros payés par l’actuel exploitant (la société carolo L’Elan) devraient considérablement gonfler. Pour les candidats à la concession, l’enjeu est de taille : aujourd’hui, avec 40 allers-retours quotidiens à 22 euros la place, pour 50 passagers par autocar, tous les jours de l’année, cela fait une recette virtuelle de plus de 16 millions d’euros. Et la fréquentation de l’aéroport est en hausse constante…

Aux yeux de BSCA, qui appartient pour 60 % à la Région wallonne et jouit d’une concession domaniale de la Région (propriétaire des terrains), les autocars qui veulent stationner à l’aéroport doivent payer. Mais selon le patron des bus wallons, c’est pour l’utilisation des routes wallonnes que BSCA se fait payer. Or le groupe TEC y jouit de  » droits exclusifs « , un monopole qu’il entend faire respecter :  » C’est trop facile de laisser à l’opérateur public le soin d’assumer les lignes qui ne sont pas rentables et de confier au privé celles qui le sont.  »

Pour libéraliser le transport de personnes, l’Europe a prévu trois possibilités : une dérégulation totale, comme en Grande-Bretagne, en Italie ou aux Pays-Bas ; les droits exclusifs à une société après mise en concurrence ; les droits exclusifs à l’opérateur interne dans le cadre d’un contrat de service public (avec droits et devoirs). Pour la Wallonie, le gouvernement a décidé que l’opérateur interne, c’était le groupe TEC.

Les bus des compagnies aériennes

Historiquement, les premiers bus au départ de BSCA étaient estampillés Ryanair. En vertu d’un arrêté-loi de 1946, les compagnies aériennes, comme les hôtels, avaient le droit d’exploiter leur propre ligne. Mais avec l’arrivée d’autres compagnies, l’aéroport a repris le service et l’a sous-traité.  » Le SPW (Service public de Wallonie) est d’accord avec nous pour dire que la ligne doit nous revenir, rétorque Jean-Marc Vandenbroucke. Et il a signalé à la Fédération des autocaristes qu’il n’accordera pas l’autorisation nécessaire à d’autres que TEC. Mais il est clair que nous, nous confierons la ligne à un exploitant privé, car c’est un service très spécifique (horaires, bagages…).  »

Le gouvernement wallon devra donc trancher. Le groupe TEC est prêt à envisager de verser une forme de rémunération à BSCA, pour l’utilisation d’un comptoir de ventes par exemple, mais pas à débourser des millions.

Depuis peu, d’autres lignes ont été mises en service au départ de l’aéroport de Charleroi : vers Lille, Arlon-Luxembourg-Metz, Genappe, Louvain-la-Neuve-Leuven-Malines-Anvers-Turnhout-Eindhoven. Des transports  » internationaux  » donc, dont l’autorisation dépend du gouvernement fédéral, et qui sont pleinement libéralisés.

La Wallonie ne pourrait ainsi pas s’opposer à la création d’une ligne Tournai-Liège-Maastricht, ou Eupen-Mons-Valenciennes. Le groupe TEC, lui, n’est pas intéressé par les liaisons interurbaines, pour ne pas concurrencer la SNCB.  » Ce serait en outre difficilement rentable, conclut l’administrateur général : il n’existe pas en Wallonie d’autre flux d’une telle importance que les 6 millions de passagers de BSCA.  »

MICHEL DELWICHE

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